Recherche

Samedi 19 mai 2012 6 19 /05 /Mai /2012 15:08

Le livre de Judith n’existe qu’en grec, dans la version de la Bile dite de « la septante », c’est pourquoi il ne fait pas parti du canon de la Bible juive ni des bibles protestantes. Pour une introduction et un résumé voir

http://introbible.free.fr/p2jdt.html

Pour une lecture complète  voir http://bible.catholique.org/livre-de-judith/4147-chapitre-1

 La représentation de Judith tuant Holopherne est toujours violente, parfois difficilement soutenable.

 

1 LA JUDIH DU CARAVAGE  1571-1610

 

caravage.jpg

Tableau  de 1598-1599, huile sur toile, de 145x195 cm,  Galerie d’Art Antique à Rome.

Le naturalisme du Caravage éclate dans cette scène.

La scène se passe dans la tente d'Holopherne, le général qui dormait est tiré par les cheveux et a la gorge tranchée par l'épée que tient Judith, à droite une vieille servante tient un sac pour recueillir la tête coupée.

Les couleurs sont peu nombreuses. Le décor est quasiment invisible, sauf un rideau rouge, suspendu et qui par sa forme et sa couleur, ressemble à un rideau de théâtre.

 

La principale opposition concerne l'ombre et la lumière.  

Le clair obscur est  violent. Cela est très sensible pour le corps d'Holopherne qui est ainsi véritablement coupé en plusieurs morceaux par la lumière avant de l'être réellement par le glaive.

La lumière est signe de la présence ou de l'action divine, elle vient de gauche et de très haut éclairant presque verticalement l'épaule de l'homme et le buste de la femme. Judith est éclairée par Dieu, ses bras guidés par Lui, elle tranche la gorge d'Holopherne qui est plongé dans l'obscurité, mais pas totalement car tout homme a une part divine. Judith n'est d'ailleurs pas totalement lumineuse non plus, son buste sort de l'ombre,  c'est son geste qui est lumineux, son visage aussi car sa détermination est fondée sur sa foi.

Quatre éléments semblent former un vrai instantané, mais ne sont qu'une reconstruction du peintre : le visage  d'Holopherne hurlant de douleur, les yeux révulsés, essaie de voir ce qui se passe, ses mains prennent appui pour se relever, sa tête déjà à moitié coupée, vacille..

Le visage de Judith est tendu, une ride au milieu du front pour marquer un certain dégoût, qui est sensible aussi par la distance qu'elle garde par rapport à Holopherne. Quant à la servante son visage exprime la stupéfaction par les yeux et le dégoût par la moue, ses mains semblent prêtes à se saisir de la tête, ou plutôt à recevoir  cette tête que Judith va lui tendre.
 
Le peintre traduit particulièrement bien deux expressions de la prière de Judith, « jette un regard sur l'oeuvre de mes mains » et « fortifie moi »au v. 7.  .  

En conclusion on peut dire que ce tableau oppose la fragilité de la pure et pieuse jeune veuve à la force bestiale et lubrique d'Holopherne. Dans la bible, la veuve est toujours une femme faible qu'il faut protéger, mais ici, elle va se révéler être plus déterminée et forte que tous les hommes de Béthulie. Forte, mais de la force de Dieu, qui agit à travers l'action de Judith, il intervient en lui donnant la force, le courage, la détermination, Il intervient en rendant temporairement impuissant le général aviné (mais cela n'est pas sensible dans l’œuvre), et l'impossible se réalise, la femme frêle tue l'homme brutal avec sa propre arme, elle vainc par ruse et détermination et elle sauve son peuple. Par là elle rejoint David tuant Goliath et comme lui elle peut rentrer chez elle avec la tête de l'ennemi du peuple. Victoire de la piété et de la foi d'une seule, qui permet de libérer tout le peuple

 

 

2 JUDITH VUE PAR DES FEMMES

 

Les Judith d’Artemisia Gentileschi (1593-1654)
Judith et Holopherne, vers 1612-1614 Huile sur toile - 159 x 126 cm Naples, Capodimonte, Cette version est la seconde, un peu assagie par rapport à l’ouvre de Florence.

 

Artemisia_Gentileschi_Judith_Decapitating_Holofernes_.jpg

 

Artemisia  a souvent représenté Judith, au moment de la décapitation mais aussi dans d’autres moments, avec sa servante. On a souvent mis en relation cela avec la vie personnelle de l’artiste, qui fut violée par son maître puis dut subir un procès honteux et pénible. Mais d’autres femmes peintres ont aussi traité ce sujet, le fait de choisir une femmes forte, indépendante voire violente, manifestant  une sorte de revanche féminine face à l’exclusion sociale auxquelles on voulait condamner les femmes peintres.

Judith tuant Holopherne a été représenté deux fois. La première version, celle de Florence est particulièrement violente, celle de Naples, un peu moins.

Artemisia s’est inspiré du Caravage, mais en changeant de format, elle densifie l’action. Les forces sont descendantes, les femmes se mettent à deux,  la tête d’Holopherne est toujours au centre (à Florence) mais elle est tout en bas, le corps renversé. La force conjointe et la détermination des 2 femmes renforcent le caractère féministe de ce tableau. Le décentrage de la version de Naples et les riches vêtements de Judith,  atténuent un peu la violence.

 

artemisia-judith2.jpgartemisia_judith_2.jpg

 

 Judith et sa servante Abra avec la tête d’Holopherne, vers 1640-1645 Huile sur toile - 235 x 172 cm Cannes, Musée de la Castre
 
 

Judith et sa servante Abra avecla tête d’Holopherne, 1617-1618 Florence, Palazzo Pitti,  Galleria Palatina


 Voici 2 œuvres celle da gauche date de 1625, elle est à Detroit, la seconde date de 1618, elle est à Florence-Pitti. La décapitation terminée, les 2 femmes quittent la tente, en éteignant la bougie, puis en écoutant les bruits. Cela donne une idée de la volonté narrative d’Artémisia. Deux choses me frappent : le port maladroit de l’épée, Judith ne sait pas quoi en faire. Et aussi le regard : Dans celui de gauche, Judith, cache la lumière pour mieux regarder le casque d’Holopherne, il est coupé sur la reproduction mais bien visible sur l’original, le signe de sa puissance, devient un objet de dérision, un signe de la victoire de Judith. A droite les 2 femmes regardent l’obscurité, elles se retournent pour entendre et voir, quoi ?  un signe de Dieu ? Dans les 2 cas la solidarité est grande entre maîtresse et servante, ce qui est assez original.

 

 Judith de GIULIA LAMA 1681 1747 Venise

Femme peintre  très active à Venise. Une adepte du clair obscur

 Cette fois, le corps d’Holopherne est exposé, celui d’un mort ? celui d’une victime sacrifiée ? La lumière créé un drame, elle a déjà mis la tête dans l’ombre, comme si elle était coupée.  

Judith est en prière, la prière avant l’exécution mais l’absence de l’épée rend la scène douce, on pourrait croire à une veillée funèbre.  Judith regarde le ciel et  ses mains se joignent, celles qui prient vont devenir celles qui tuent. Que demande  Judith ? la force ? ou que la décision s’éloigne ?

 

judith LAMA.jpg

 

 

3 JUDITH LA JUSTICIERE

 

Lucas CRANACH l’Ancien  1472 – 1553  a peint toute une série de Judith, toujours dans la même position, seul le vêtement et le visage changent.

 cranach_judith.jpg

Fière  de son acte la Judith de Cranach n’a aucun remords. L’épée fièrement dressée dans sa main droite, la main gauche crispée pour tenir la tête tranchée de celui qu’elle vient de tuer, elle apparaît comme la "justicière" qui n’a fait que son devoir. .  

Dans le contexte des années 1530 Cranach le peintre du duc de Saxe, représente Judith comme une riche  patricienne saxonne, Cranach le luthérien fait de Judith un symbole de la résistance contre l’empereur catholique. Une résistance qui sera victorieuse.

 

 

 


 valentin boulogne.jpg

Valentin de Boulogne (1591-1632) 1626

       La justicière a air farouche, le visage défait par son action, mais elle marche vers l’avenir et en appelle au Ciel, pour nous montrer qu’elle a fait justice.

         Trois verticales et une diagonale, négative  c’est la punition du Ciel, qui s’est abattu sur Holopherne

 

 

 

 


      

GIORGIONE 1477-1510273px-Giorgione_038.jpg

         Opposition entre la beauté de Judith et la laideur de la tête d’Holopherne. Le geste est terrible, il ne montre aucun respect envers le mort, Bien que douce par le regard,  elle écrase l’hydre, elle est une sorte de St Michel.

 

  

 

4 JUDITH LA SENTIMENTALE

 

VERONESE

Judith et Holopherne 1581 Huile sur toile, 231,5 x 273,5 Caen, Musée des Beaux arts

 

1580 Paolo Veronese (1528 - 1588) Judith with the Head of Holofernes c.1580.jpg

 

Judith a relevé la tête pour faire face à sa servante, mais son regard se perd dans le vague. Dans le triangle qui relie les trois visages de cette œuvre s’inscrit toute son intensité dramatique.  

La tendresse dans la façon dont ses paumes caressent la tête qu’elles tiennent et semblent attirer contre la poitrine de la meurtrière. L’arrondi sensuel de ses bras confirme ce sentiment ; nulle raideur, nulle crispation dans l’attitude de Judith ; la criminelle a les mêmes gestes que l’amante. Par ce choix de composition, Véronèse nous entraîne dans une méditation sur l’ambiguïté de la nature humaine.

  Comment ne pas être profondément touché par ce regard perdu, mouillé de larmes, aux paupières légèrement baisées ?  

 

 Bernardo CAVALLINO  1616 1656  Naples

Tableau de 1640 1640 Cavallino, Bernardo (1616 - 1656), Judith avec la tête d'Holohern​e,.jpg

Judith a perdu de sa superbe, c’est une femme simple sans bijoux, elle nous regarde, elle nous prend à témoin, elle exprime la douleur , elle tient son épée basse, elle exprime un sentiment de détresse, de compassion ?

Le clair obscur la partage, met en lumière Holopherne

 

 

  

 

 

 

 

Par artbiblique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 7 mars 2012 3 07 /03 /Mars /2012 11:48

 

Fatigué du chemin, Jésus était assis tout simplement à même au puits. C'était environ la sixième heure.  Arrive une femme de Samarie pour puiser de l'eau. Jésus lui dit : ''Donne-moi à boire.''  Ses disciples, en effet, étaient allés à la ville pour acheter de quoi manger.   Mais cette femme, cette Samaritaine, lui dit : ''Comment ? Toi, un Juif, tu me demandes à boire à moi, une femme samaritaine !''   Jean 4, 6 à 9  mais il faut lire toute la scène Jean 4, 1 à 43

 

La rencontre entre un homme et une femme autour d’un puits, la bible connaît d’autres rencontres au puits.  

 2 Jacob_rachel_424780168_273076_sebastiano-conca.jpg

Jacob et Rachel    Livre de la Genèse chapitre 29 Dès que Jacob eut vu Rachel, la fille de son oncle Laban, et le troupeau de son oncle Laban, il s'approcha, roula la pierre de sur la bouche du puits et abreuva le bétail de son oncle Laban.  Jacob donna un baiser à Rachel 

  

Sebastiano Conca 1680-1764

 

 

 

 

 

3 moses_Ricci.jpgMoise et la fille de Jethro    in Exode 16  Le prêtre de Madian avait sept filles. Elles vinrent puiser et remplir les auges pour abreuver le troupeau de leur père. Les bergers vinrent les chasser. Alors Moïse se leva pour les secourir et il abreuva leur troupeau

  Sebastiano Ricci 1659-1734

 

 

 


 

 

1 Murillo Eliezer et Rebeccarebecca.jpgEliezer et Rebecca                   Genèse 24   Rebecca sortit, sa cruche sur l'épaule … Elle descendit à la source, remplit sa cruche, et remonta.  Le serviteur [Eliezer] courut au-devant d'elle, et dit: Laisse-moi boire, je te prie, un peu d'eau de ta cruche.  Elle répondit: Bois, mon seigneur. Et elle s'empressa d'abaisser sa cruche sur sa main, et de lui donner à boire

  

Murillo 1618-1682  

 

 

 

 

 

 

 

poussin_eliezer_rebecca_max.jpg

Poussin 1594-1665

Eliezer et Rebecca de chaque côté du puits évoquent bien Jésus et la samaritaine





 

 

 

L’homme (en tant que masculin) étranger passe presque par hasard, mais ce hasard est comme la trace de la main invisible de Dieu qui semble diriger les événements pour faire advenir un mariage. Le lieu   « puits » est  chargé de symboles ; l’eau du puits est porteuse de vie et de fécondité pour les troupeaux et pour les humains : le serviteur d’Abraham y rencontre Rébecca qui deviendra la femme d’Isaac, Jacob tombe amoureux fou de Rachel qu’il épousera  ; Moïse recevra comme femme Siphora, une des sept  qu’il a défendues contre des bergers

La main de Dieu met sur la route de l’étranger une bergère pour qu’elle devienne porteuse de la vie. Dans le texte de Jean, Jésus et la Samaritaine, lui aussi passe aussi par hasard, et comme Eliezer il demande à boire, mais la situation s’inverse et c’est Jésus qui donnera l’eau vive à la femme.

 

 

LE CHRIST ET LA SAMARITAINE

 

            Cette scène est présente dans les premières représentations chrétiennes, dans l’église de Doura Europos  et dans les Catacombes romaines avec autres scènes de salut.

1 Samaritan_Woman_CatViaLatina.jpg

 

           







 

 

 

 

Très vite en Orient,  se structure un modèle : le Christ est assis, la femme debout, de chaque côté de l’eau ou du puits. Dans la fresque géorgienne, le puits est remplacé par la cruche donnée par la femme à Jésus, mais placée de telle façon que l’on peut aussi comprendre que c’est lui qui donne à boire. Magnifique échange.

  2 Jesus_and_the_Samaritan_woman_(Jruchi_Gospels_II_MSS,_Georgia,_12th_cent.).jpg            Christ_anв_Samaritan_woman_(Monreale).jpg

         

 

                         

          






 

 

 

 

 

 

 

En occident les artistes reprennent la tradition orientale du puits central avec Jésus et la Samaritaine de part et d’autre, mais la scène se contextualise par le paysage : la ville de Sychar et le mont Garizim où les Samaritains adorent Dieu, et d’autres éléments du récit sont introduits.  Dans ce tableau de Francesco Botticini (1446 - 1497) les apôtres qui arrivent de la ville sont bien représentés, on dirait qu’ils dansent, du moins le groupe du fond. Devant Pierre tient les pains. L’œuvre prend donc une valeur sacramentelle : l’eau du baptême et le pain de l’eucharistie, tout cela dans une ambiance festive, celle du Royaume. Au fond la foule accoure vers cette vie nouvelle, et elle est menée par la Samaritaine qui est devenue une disciple. Le temps d’adorer sur la montagne est fini, il faut venir adorer en vérité grâce aux deux sacrements.

                   

2b_Botticini_Raffaello_Cristo_e_la_Samaritana_al_pozzo_1508_Museo,_Empoli.jpg

       Francesco Botticini (1446 - 1497)

                       

 Voici quelques œuvres que l’on peut interroger avec quelques les questions suivantes :

            Le paysage et  la ville

            Le puits et l’eau

La position du Christ et de la femme

            La rencontre et le dialogue

            Les disciples qui arrivent : attitude, nourriture

 

 Juan De Flandes.jpg

 

                                

Juan de Flandes vers 1460- 1510

Le mont Garizim est bien visible,  mais pas de ville. Jésus arrive, la femme ne l’a pas vu, il n’est pas reconnaissable pour elle, ni pour nous, la scène commence.
L’eau  est bien visible, elle coule. Le puits est surmonté d’une sorte de potence. Allusion au supplice de Jésus, à la passion tandis que l’eau qui coule renvoie au baptême. On peut y voir une image de  Jean.19, 34 « un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l'eau. »

 

 

 

 

 

 

StellaJSamaritaineCarmBercy.jpg

 

 

 

Jacques Stella 1596-1657  

L’eau coule de la même façon mais cette fois le contexte antique est souligné par l’architecture et le dialogue s’engage, Jésus assis ouvre un avenir à la femme (diagonale vers le haut et la droite). Certains y voient comme un scène de séduction.

 

             

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Champaigne.jpg

 

Philippe de Champaigne,1602 -1674  pour les carmélites jansénistes du couvent St Jacques

La ville et le puits existent mais les personnages occupent presque toute la surface, le bleu obtenu avec du lapis lazul perce le tableau.  Nous sommes au ciel. 

 
Le peintre  semble insister, par les attitudes, sur ce qui sépare les deux personnages. Le Christ développe son discours sans égard particulier pour la jeune femme, qui  sur le point de repartir (main et pieds). Cela permet de placer plusieurs moments du dialogue dans cet échange.

 

 

rembrandt.jpg

 

 

Rembrandt 1606-1669

 

Le contexte est très visible mais peu samaritain, le peintre actualise. La femme est au centre, immobile, les bras croisés, elle écoute elle médite. A gauche Jésus est incliné comme s’il la saluait, la main sur la poitrine, il demande, propose. Le puits devient une cuve baptismale, et à droite les apôtres  commentent.

 

 Siemiradzki-Chrystus_i_Samarytanka.jpg

 

 

   




Henryk Siemiradzki 1843-1902 est un peintre polonais vivant en Ukraine, il cherche un certain réalisme oriental : paysage, fontaine-puits, oliviers. La aussi Jésus estMarthe marie Henryk_Hector_Siemiradzki_SIH012.jpg en position de demande alors que la femme est assez distante. Mais au centre le puits et donc le baptême. On peut comparer cette image avec celle de Jésus chez  Marthe et Marie, le peintre prend le même contexte, les mêmes modèles mais Jésus est au centre et il enseigne, domine Marie.

 

                 

 

 

 

 

 


     

redon_francfort.jpgRedon 1840-1916

 

Cette représentation est un face à face, sans lieu ni date,  le contexte a disparu. La samaritaine découvre le Christ. On peut le voir comme le ressuscité lumineux mais aussi ne voir que sa tête au dessus du puits, resplendissant de la lumière de la grâce, quant à la cruche rouge , elle devient une sorte de matrice, signe de fécondité donnée par l’eau et par la rencontre.

 

 

 







Daniel Bonnell, contemporary.jpg




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Daniel Bonnell est un peintre américain contemporain en 1955.

Là aussi, nous sommes dans un face à face mais avec des références orientales. La femme médite, prie, se regarde dans l’eau de la cruche. L’eau est donnée à Jésus et aussi reçue par la femme. Un Jésus en prière qui comme chez Rembrandt est discret, demandeur. Une méditation priante sur le baptême.

 

Par artbiblique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 13 février 2012 1 13 /02 /Fév /2012 18:27

Le récit concernant Bethsabée et David se trouve au 2d livre de Samuel ch. 11 et 12, vous pouvez y accéder

http://www.info-bible.org/lsg/10.2Samuel.html#11

 

Que représenter ? une histoire biblique ou une situation  morale, celle du désir ?  

Je suis ici l’exposé "Désir du danger" ou "danger du désir"? par Alain COMBES  http://www.flte.fr/pdf/pdf245.pdf?PHPSESSID=a62d5a5cc3c9cdf3d24c324f17e1e747

Dans le récit biblique, quelle est la part de responsabilité de Bethsabée dans le désir de David ? Derrière cette question anecdotique, il y a la question récurrente, encore actuelle, de la séduction, de la culpabilité de l'objet du désir.

Le "désir du danger", c'est quand on provoque le désir de l'autre, tout en sachant les conséquences de cette attitude. Le "danger du désir" c'est quand on laisse le désir grandir en soi et ainsi, on prend le risque de succomber.

Le XVIe siècle a débattu ce sujet. En voici un témoignage dans trois illustrations bibliques du monde luthérien. 

 

Hans_Luft_1534.jpg

La première image publiée dans la Bible éditée par Hans Lufft en 1534, a été dessinée dans l'atelier de Cranach selon les indications de Luther

Une Jérusalem de légende, Bethsabée, de dos, est occupée à sa toilette avec deux servantes. On ne voit rien de sa nudité, à peine l'ombre de son mollet. Aucun des trois personnages ne s'aperçoit que le roi se trouve sur la terrasse et la regarde.

Bethsabée est ici, totalement innocente du désir de David.

  la présence des cygnes sur l'eau. Deux d'entre eux, en vis à vis, disent peut être la suite de l'histoire : le face à face intime entre Bethsabée et le roi.  

 

Dans cette image, Bethsabée semble donc victime de la séduction royale.

 

virgil solis.jpg.jpeg

La deuxième image

 Elle a été dessinée par Virgil Solis et apparaît quelques années après la première dans l'illustration de « Figures de la Bible »

Bethsabée est peut-être encore ici une femme "pure". Pourtant nous pouvons observer quelques variantes :   

La jambe de Bethsabée est nettement plus haut levée et une servante regarde le roi installé sur le balcon. On est donc conscient de la présence d'un témoin.

Sur le côté, une table est dressée avec une collation. Le bain n'est plus rituel mais s'inscrit dans un moment de détente champêtre.

Sur la table on peut voir un double signe représentant un "9" et un "6". Il   rappelle les commandements : le 9e la défense de la convoitise, le 6e la défense de l'adultère.

 la prude Bethsabée ne semble pas vraiment séductrice, on trouve néanmoins, sur "sa" berge, dans son univers, la marque des deux commandements qui vont être transgressés.

Jost_Amman_1564.jpg



La troisième image

La troisième image est l'œuvre du dessinateur zurichois Jost Amman et apparaît en 1564     

Bethsabée ne semble vraiment pas accomplir un rite religieux en prenant un bain rituel. Les jambes, découvertes et haut levées ne doivent pas cacher grand chose de son intimité au regard de David, tout là-haut sur la terrasse. L'eau coule dans le bassin par la gueule d'une fontaine en forme de dragon.

Bethsabée se regarde dans un miroir en se caressant le visage, de toute évidence, elle se préoccupe de sa beauté et sa posture est plus celle d'une courtisane que de la chaste épouse de l'officier Urie.

 Le réformateur Konrad Sam, en 1534 dira : «les femmes sont toujours Eve, elles séduisent les hommes et tiennent toujours la pomme dans la main.»  Effectivement, on voit bien ici le rôle que l'on prête à cette femme : celle de "la femme", tentatrice depuis le jardin d'Eden.  

On est donc passé d'une simple illustration de l'épisode biblique centrée sur l'abus de pouvoir d'un roi, à la leçon de morale qui dédouane un peu l'homme de sa convoitise, fragile comme il est devant la séduction active de la femme.

Mais ces éclairages ne rendent pas compte de l'autre aspect de l'histoire : le crime abominable de David qui fait tuer le mari de Bethsabée. Ce point n'est pas mineur !

Finalement, placer l'éclairage sur le péché de meurtre ou celui d'adultère, n'est pas innocent au XVIe siècle. Les regards sont orientés soit sur la politique et les abus de pouvoir qui caractérisent cette période, soit sur la vie quotidienne des fidèles et le souci pastoral de morale sexuelle.

 

 

Deux peintures de RUBENS et REMBRANDT

 

1 _Bathsheba_at_the_Fountain_f.jpg                                 2 bathsheba_at_her_bath-large.jpg

 

                                    
 

RUBENS, Pieter Pauwel, Bathsheba at the Fountain,c. 1635, Oil on oak panel, 175 x 126 cm, Gemäldegalerie, Dresden

REMBRANDT Harmenszoon van Rijn, Bathsheba at Her Bath,1654
Oil on canvas, 142 x 142 cm
Musée du Louvre, Paris

 

 

La lettre envoyée et reçue n’est pas dans le texte, « David envoya des émissaires et la fit chercher » (II Samuel, 11, 4), la lettre est une invention de la renaissance

 

Comparons les 2 œuvres

           

 

Rubens

Rembrandt

Composition

Horizon 1/3 supérieur

Construction sur diagonale

Lignes ascendantes vers droite

 

Espace ouvert

  

Horizon 1/3 supérieur

Construction sur diagonale

Lignes ascendantes ou descendantes  vers gauche

Espace clos

 

Couleurs

Gamme chaude  + rouge passion

bleu du messager

Gamme chaude mais rien de vif

Lumière et regard

Lumière de droite

Elle regarde vers gauche  = passé mais son corps est tourné vers droite= avenir, ce qui suit la construction en diagonale

Lumière de gauche

Elle regarde vers gauche et le bas = passé, ce qui inverse la construction en diagonale

Détails

Toilette sans référence rituelle, préparation par le haut, exaltation plaisir

Bijoux

 

David présent

Servante jeune enjouée

Toilette préparation par le bas= purification

 

Bracelet = équivalence alliance , rappel mariage à Urie

David absent

Servante vieille sérieuse

Décor

Baroque et maniériste : chien signe fidélité et intimité, messager exotique

Il remplit l’espace, dispersion

Peu visible, grand tissu précieux

 

 

 

L’espace semble vide, concentration

 

Rubens nous montre une Bethsabée insouciante et sensuelle, presque déjà frivole, en train de recevoir l'invitation du roi David pour le soir même au palais. Alors que Rembrandt montre une femme marquée par

 

Le Contexte explique aussi le contraste entre ces 2 œuvres

 

En 1635 lorsque Rubens réalise sa toile Bethsabée au bain il a 58 ans.

 Après le décès de Isabelle Brandt, en 1626, il épouse en avril 1630, la jeune Hélène Fourment, alors âgée de 17 ans. Sa vie familiale est heureuse, femme et enfants se portent bien. 

 

Rembrandt connaît le Rubens,

En 1654 lorsqu'il réalise Bethsabée Rembrandt est âgé 48 ans. Il a perdu trois enfants, sa femme Saskia  décède de la peste en 1642, laissant Rembrandt seul avec son cadet, Titus. En 1654 la situation financière   est très chancelante. Il vit avec Hendrickje Stoffels, sa servante et sa compagne  qui lui sert de modèle

 

 

2 bathsheba_at_her_bath-large.jpg

 

 

« BETHSABEE TENANT LA LETTRE DU ROI DAVID » 1654
huile sur toile, 142 x 142 cm Musée du Louvre, Paris

 

Décor :   la toile a goudronné, faisant ainsi pratiquement disparaître le second plan, dans un ocre-brun très sombre virant au noir,

 l’on ne distingue presque plus l’étagère du fond , le volume somptueux de l’étoffe,  or de la toilette entassée qui revêtait, quelques instants auparavant, Bethsabée.

 Corps nu :

Ce corps nu doré a d’une lumière qui semble émaner de lui, Rembrandt  est parvenu  à peindre le corps d’une femme aimée dont la beauté transcende les imperfections.

Les volumes  et  la lumière soulignent  le ventre et la poitrine. C’est la beauté d’une femme, dont la chair était illuminée   par la promesse d’une grossesse future

 

Psychologie : désarroi pathétique dans lequel la plonge l’amour que lui porte le roi David

le regard de Bethsabée :le recueillement et la gravité   : celui de l’adultère meurtrier, et donc de sa faute, dans lequel l’entraîne inexorablement l’amour que lui porte David ;  la nostalgie d’une pureté perdue, qui s’abandonne à un destin qui la dépasse (elle est l’ancêtre du Christ)

 Lettre : le roi lui fait-il l’aveu de son amour ou lui apprend-il la mort d’Urie, 

 Servante et lavement pieds :  est-ce une  allusion au lavement des pieds des apôtres par Jésus, de la descendance de Bethsabée ?

 

699px-Veronese-Bethsabée_au_bain-Lyon.jpg

 

 Paul VÉRONÈSE  1528 -  1588   Bethsabée au bain 

Musée de Lyon vers 1575 Huile sur toile H. 2,32 ; L. 2,42

 

Une intrusion masculine dans l’espace intime d’une femme. Véronèse a partagé la scène en deux parties contrastées, tout en reliant les espaces par un jeu subtil d'accords colorés et un puissant clair-obscur. Deux scènes bien distinctes: d’un côté, c’est l’harmonie architecturale, de l’autre, la relation entre deux figures.

 

A droite : palais et jardin clos bien ordonnés, un groupe de personnes avec le double du vieillard, mais ciel noir menaçant

A gauche : un coin dans l’ombre, isolé, abris des regards mais sur lequel tombe aussi la lumière,

Bethsabée, se prépare au bain, mais n’a pas les cheveux défaits,

elle est surprise, cf. son pied crispé, sa main droite , voire son oreille rouge

elle remet son manteau mais pourquoi le geste sur son sein, on croirait qu’elle va allaiter ?

Elle est en bleu, couleur de la chasteté, de la fidélité

David debout, menaçant ? essaie de la convaincre ou plutôt lui donne des ordres

Il  porte la cape d'or à gros boutons caractéristique des doges de Venise. opposition au bleu discret de Bethsabée.

 

Il est bien question d’érotisme entre eux. Car si les corps sont recouverts, la statue qui surplombe l’action, rappellent ce qui reste caché. Et l’oreille rouge, le pied crispé et la main jouant avec le filet d’eau parlent pour la jeune femme.

Regards : elle vers le haut et la droite : positif, tourné vers avenir

Lui tourné vers la gauche et le bas : négatif, passé. Il casse le regard de Bethsabée ,  il inverse son avenir

 

 

Mise en scène : Il semblerait que David, suivi de sa cour, se trouve dans la partie droite du tableau. Or, l'émissaire porte le même manteau qu'un personnage sous les colonnades : les deux scènes sont-elles simultanées, ou liées dans une logique narrative ?

Le jardin représente la demeure du roi, ou celle de Bethsabée ?

 

Décor : Fruit orange, rappel du péché originel, s’oppose à la statue pour laquelle le péché est inconnu ?

aiguière et  coffret : Les armoiries représentées  la célébration d’un mariage ou d'une alliance entre deux puissantes familles

 

Statue  concentre l’ambiguïté de la scène: son cadrage met en évidence l’érotisme d’un corps pas si minéral que cela, et la tête de Bethsabée est singulièrement placée sous ce témoin si provocant, qu’à la Cour de Louis XIV, où le tableau est vite parvenu, on lui a ajouté une tête et des bras afin d’éloigner le moindre doute ; car prêter la vie à cette effigie, ce serait mettre en doute la vertu de BethsabPaolo_Veronese_001.jpgée.

 

En 1991 a été fait le choix de retrouver le format initial, tout en gardant l'agrandissement derrière le cadre actuel. Mais l’agrandissement n’est pas innocent, il donne tête et bras à la statue

 

Le titre a changé au cours des siècles. Tantôt c'est Bethsabée et David et tantôt Suzanne et les vieillards.   Voici deux histoires dont l'une aboutit à un adultère et l'autre au contraire, à une accusation non fondée d'adultère

Pour Joséphine Le Foll, le tableau de Véronèse est à la fois Suzanne et Bethsabée.
Le thème de Suzanne est présent à travers la fontaine et la présence d'un vieillard ;  alors qu'ils sont d'habitude plusieurs. Si on prend le couple Bethsabée et David, ce dernier n'est pas représenté vieux et il ne vient pas à Bethsabée mais lui envoie un jeune messager.
Il y a peu de chance pour que Véronèse n'ait pas compris la différence entre les deux personnages, c'est le commanditaire qui a du déterminer l'iconographie du tableau. Il a été commandé à l'occasion d'un mariage et le thème en était l'adultère. Le thème commun qui rassemble Bethsabée et Suzanne est celui de l'adultère et de la justice.

 

 

bible13zoom.JPG

CHAGALL David et Bethsabée

 

Lithographie  papier : 35x26 cm - image : 35x26 cm
Année : 1956  Dimensions 50 x 70 cm

 

Description :

            Visages : fusion ou confusion du couple

Ils sont dans la lumière, le blanc du mystère divin ?

Les anges : médiateur ? Cupidon selon Théodore de Bèze, cela concerne l’adultère et  le meurtre, mouvement vers le passé ? couleur rouge de la passion ?

Nathan  en haut est  en bleu, couleur du ciel, il tient la Loi, les commandements, il arrête l’ange

            La main ? celle de Dieu qui ouvre un avenir ? couleurs ?

 le visage de Bethsabée est aussi tourné vers l’avenir, alors que David semble prendre à témoin le spectateur

           

 

On peut rapprocher cette image d’une lecture de Gn 2, 24 « ils seront une seule chair» par la Kabbale : le texte renvoie à l’union physique et à l’union à Dieu. Le mariage et l’union charnelle sont la reconstitution de l’unité, de l’image de Dieu avec ses 2 aspects, féminin et masculin, et de l’unité de l’humain avant sa séparation en 2 parties séparées.

Les bons mariages sont la rencontre des 2 parties androgynales de l’âme, mais il y a de mauvais mariages où les âmes sont unies à d’autres que celles qui leur étaient prédestinées, Bethsabée était destinée de toute éternité à David,  c’est un « mariage retardé ».

 

Par artbiblique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 15 janvier 2012 7 15 /01 /Jan /2012 12:18

1-simon-rubens.jpg

 

  

 

 

Lc 7, 36-50   Un Pharisien l'invita à manger avec lui ; il entra dans la maison du Pharisien et se mit à table.  37 Et voici une femme, qui dans la ville était une pécheresse. Ayant appris qu'il était à table dans la maison du Pharisien, elle avait apporté un vase de parfum.  38 Et se plaçant par-derrière, à ses pieds, tout en pleurs, elle se mit à lui arroser les pieds de ses larmes ; et elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers, les oignait de parfum.  39 À cette vue, le Pharisien qui l'avait convié se dit en lui-même : "Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu'elle est : une pécheresse !"
 40 Mais, prenant la parole, Jésus lui dit : "Simon, j'ai quelque chose à te dire" - "Parle, maître", répond-il. -  41 "Un créancier avait deux débiteurs ; l'un devait cinq cents deniers, l'autre cinquante.  42 Comme ils n'avaient pas de quoi rembourser, il fit grâce à tous deux. Lequel des deux l'en aimera le plus ?"  43 Simon répondit : "Celui-là, je pense, auquel il a fait grâce de plus." Il lui dit : "Tu as bien jugé."
 44 Et, se tournant vers la femme : "Tu vois cette femme ? dit-il à Simon. Je suis entré dans ta maison, et tu ne m'as pas versé d'eau sur les pieds ; elle, au contraire, m'a arrosé les pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux.  45 Tu ne m'as pas donné de baiser ; elle, au contraire, depuis que je suis entré, n'a cessé de me couvrir les pieds de baisers.  46 Tu n'as pas répandu d'huile sur ma tête ; elle, au contraire, a répandu du parfum sur mes pieds.  47 À cause de cela, je te le dis, ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont remis parce qu'elle a montré beaucoup d'amour. Mais celui à qui on remet peu montre peu d'amour."  48 Puis il dit à la femme : "Tes péchés sont remis."  49 Et ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes : "Qui est-il celui-là qui va jusqu'à remettre les péchés ?"  50 Mais il dit à la femme : "Ta foi t'a sauvée ; va en paix."  BJ
 

Pécheresse, femme de mauvaise vie ou femme au parfum… pour les peintres elle est un visage de Marie Madeleine

 

L’ Etude iconographique peut suivre la grille suivante

            Etude du contexte : maison de Simon, moment du repas : avant, pendant, après

                                               Position à table   v. 38

                                               Autres protagonistes v. 49

Etude  des relations entre Simon et la femme v. 39

des relations entre Jésus et Simon v. 40-47

                        des relations entre Jésus et la femme v48,50

           

Etude de la femme : signes de sa condition ? v. 37

quels sont ses gestes ?      Qu’exprime son visage ?

 

 

Pierre Paul RUBENS 1577-1640

Fête dans la maison de Simon le Pharisien;  vers 1618 huile sur toile, Musée de l'Ermitage, Saint Petersbourg

 

 

1-simon-rubens-copie-1.jpg

Contexte : une maison de notable, avant le repas que les serviteurs apportent

                        5 notables pharisiens tête couverte, 3 disciples et Jésus

                        ils sont assis derrière une table , vue en légère contre plongée

 

Relations : Jésus parle à Simon, c’est le verset 44 : « vois cette femme… »,

Simon est interloqué

            Jésus et la femme : il la désigne simplement de la main

            Les pharisiens écoutent septiques, l’un étudie la Loi

les disciples parlent

opposition au centre entre le disciple qui nous regarde avec foi et le pharisien qui fait la moue

 

La femme : elle est belle, peau blanche, soignée mais dénudée et cheveux défaits ce qui montre le désordre de sa vie

            Elle se prosterne, elle embrasse (tient dans ses bras), elle essuie avec ses cheveux, elle pleure

            Une amoureuse

 

Mise en scène : symétrie par rapport à axe central, la femme est au centre, elle est tache claire renforcée par la nappe blanche= opposition entre pureté du blanc, de la lumière est de sa condition de pécheresse

            A gauche l’agitation : serviteurs, mouvements confus des pharisiens… à droite rigueur et vide, Jésus parle , sa parole soude les disciples, perturbe les pharisiens

            Lumière du haut tombe sur la femme et sur Jésus dont la peau est très claire, manifestation divine

            Couleurs : bruns dominent, rouge du manteau de Jésus, passion,  gris bleu de la femme et de Jésus donc proximité physique et spirituelle

            Symboles : fruits sur la table : pomme, raisin = images de la rédemption

Chien à gauche = fidélité ? il se détourne des pharisiens

            Siège de Jésus avec pattes de lion= le Christ est le lion de la tribu de Juda Ap 5,5

paon apporté, signe divin, de résurrection , il est au centre et en haut , il donne sens à la scène = la femme est sauvée par Dieu

 

bilan : une scène de salut entre la femme et Jésus, la femme agit , Jésus va pardonner mais  pas de parole directe, tout passe par l’intermédiaire du discours entre Jésus et les pharisiens. Est-ce une lecture du salut par les œuvres comme l’entend la Réforme catholique ?

 2-strozzi.jpg

 

 

 

STROZZI, Bernardo 1581 – 1644, Repas chez Simon c. 1630 Huile sur toile, 272 x 740 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise

 

Immense toile faite pour un réfectoire de moines (Strozzi a été capucin)

 

Contexte : immense maison d’un grand luxe, pendant le repas, les convives sont assis autour d’une table rectangulaire, vue en légère plongée, on peut penser que les diciples de Jésus sont à gauche et les pharisiens à droite, le décalage d’axe empêche de les voir, tous mangent et semblent ne rien voir ni écouter, cela donne un caractère intime à la scène malgré le décorum

 

Relations :

Simon regarde la femme v. 39,

Jésus parle à Simon : parabole,

Jésus ne regarde,  ni ne parle à la femme

 

La femme : femme bien sage, seuls les cheveux dénoués…

                        Elle est à genoux, bras croisés signe d’humilité , de demande de protection , fréquent  chez les Franciscains

                        Elle ne fait rien de ce que décrit Luc, mais on peut penser devant l’étonnement de Simon,  qu’elle l’a déjà  fait

3-Strozzi_banquet1.jpg

Mise en scène :

symboles : à gauche lutte entre chien et chat, entre bien et mal, image de la femme, le chien l’emporte

            un enfant est porté, renouveau de l’âme ?

            le vase de parfum, énorme ?

rouge passion du Christ

            la table est très eucharistique : pain, agneau, vin vers é, Jésus la désigne

            Lumière de haut et gauche, elle éclaire Jésus , la femme et Simon mais surtout la table

 

Bilan : une scène qui est déviée vers le repas eucharistique, sacrement du salut, la femme et Simon sont témoins de ce salut, invitation à la conversion

 

6-tissot_mary_magdalenes_box_of_very_precious_ointment-larg.jpg

 

Jacques TISSOT; 1886-1894 Les précieux onguents de Marie Madeleine ; gouache; Musée de Brooklyn, New York

 

Contexte : maison notable juif, patio…reconstitution historique

                        Ils sont couchés à l’antique et donc bien v. 38

                        Nombreux protagonistes, Simon, disciples ? foule derrière la grille

 

Relations : tous regardent la femme, donc mise en scène d’un scandale

                        Jésus lui parle v. 48 et 50 donc fin du récit, il la renvoie, pardonnée, sauvée

 

La femme : on ne voit que sa robe, sage, et ses cheveux défaits, mais elle est rousse signe de volupté

            à genoux, prostrée, entoure le pied de ses mains et de ses cheveux, plus une imploration qu’un geste amoureux , un remerciement devant le pardon de Jésus

 

Mise en scène : vue plongeante par l’arrière, nous voyons ce que la femme a vu en entrant, Jésus est au centre , il est comme le pilier qui soutient la scène

            Lumière : ombre, la lumière est au fond , mais Jésus en blanc est lumineux

            Symboles : les fruits oranges et citons, signe local, abondance comme une corne

                        Vigne biblique

Bilan : le scandale de la femme qui a fait le geste, le scandale de la parole de Jésus

 

 

 7-agravure_protestante_jeremy-TAYLOR.png


 

Jeremy Taylor, gravure pro testante 17ème s.

 

Contexte : une maison de notable, mais plus protestant que pharisien !

            Le repas autour d’une table

Relations : Simon désigne la femme, Jésus lui répond

 

Femme : très sage, elle pleure et essuie le pied de Jésus, il y a un vase de  parfum mais aussi de l’eau

 

Bilan : Une femme repentante, qui fait un geste de service, rapport avec celui de Jésus le jeudi saint selon Jean ?  Une invitation à la repentance

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

RAPPORTS DE CETTE SCENE AVEC D’ AUTRES SCENES

 

Je ne parle pas des représentations de l’onction de Béthanie (selon Marc et Matthieu, l’onction a lieu sur la tête)

Mais nous avons vu qu’il y a des relations avec la Cène, avec le lavement des pieds, il y en a aussi avec la Descente de Croix ou la Déposition car Marie de Magdala reprend l’embrassement des pieds de Jésus

 

Voir un tableau de Guérin, peintre du 17° dans l’église d’Héricy en 77 et lun autre de Fra Bartolomeo du palis Pitti

   

 

 

 

8--Hericy-Guerin.JPG

 

 9-Fra_Bartolomeo_Pitti.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DEUX TRANSPOSITIONS PLUS RECENTES

 

 

 

Jean Béraud 1848-1935 la Madeleine chez les Pharisiens, 1891 , huile 131x104 , Orsay

 

10-geo1_beraud_001f.jpg

 

Commentaire extrait de Gilbert Croué cité in Marie-Madeleine, figure mythique dans la littérature et les arts ; Édité par Marguerite Geoffroy, Alain Montandon ; Université Blaise Pascal, 2000

 

 

Peintre de la vie parisienne, ami de Marcel Proust , œuvre qui fait scandale car galerie de portraits de contemporains

 

Une femme en blanc dans un salon d’hommes en noir bourgeois et intellectuels, un Jésus intemporel

Une femme qui demande pardon, Jésus qui pardonne devant les pharisiens choqués

 

Transposition, la femme est Liane de Pougy, demie mondaine et bisexuelle, qui de fait se convertira mais après le tableau !

Simon est assis au centre avec serviette blanche, on reconnaît Ernest Renan !

Plus surprenant le Christ est un  journaliste socialiste Albert Duc-Quercy

            Georges Clemenceau est assis devant la table , Alexandre Dumas fils … tous des pharisiens, au sens de cette époque

 

 

Philippe Lejeune   « le Repas chez Simon » 1950
Musée Landowski, Boulogne-Billancourt

11-Philippe_lejeune_1950.jpg

 

Commentaire extrait de  Gilles Castelnau, site  http://protestantsdanslaville.org/spiritualite-et-image/im68.htm

Né en 1924,   élève de Maurice Denis ; Il se centre – et cela a toujours été sa grande idée - à la fois sur des sujets bibliques et sur l’art du portrait.

  Les 4 personnes représentées sur ce tableau : Jésus à gauche, dont Madeleine touche encore le pied, Simon le pharisien scandalisé par cette familiarité d’une femme « pécheresse » et la femme à la porte, sont tous des portraits très fidèles de personnes réelles, parents et amis du peintre.

 

Marie-Madeleine prosternée aux pieds de Jésus pleure de reconnaissance et de tendresse pour l’accueil bienveillant que Jésus lui a réservé dans la maison de Simon, l’intégriste pharisien moraliste et exigeant. Le vase de parfum resté par terre la fait reconnaître : c’est celui qu’elle a vidé sur les pieds nus de Jésus.

 Philippe Lejeune est plus attaché à représenter l’histoire qui court traditionnellement dans la mémoire collective que les récits évangéliques eux-mêmes.

Ce qui est saisissant est la transposition de la scène biblique dans le monde d’aujourd’hui, à la manière dont le pasteur Roger Parmentier « actualise » la Bible.

-- Les murs ne sont pas tapissés, aucun tableau n’y est accroché. Ils ne semblent pas réels, ils ne ferment pas la pièce, ils ouvrent plutôt la scène - la cène - à l’ensemble du monde où nous sommes aussi.

 Philippe Lejeune a été sensible au bien-être tranquille de Marie-Madeleine qu’il a imaginée prolongeant aux pieds du Christ l’apaisement que procure la douceur et la tendresse qu’il manifeste aux hommes.

Jésus   en humbles vêtements modernes dans le style adolescent des années 1950.

Il a les mains ouvertes. Il désigne la femme mais son geste est peut-être une bénédiction. Il ne la regarde pas. Son visage est calme et son regard perdu dans une méditation.

La petite table devant lui n’a qu’un seul couvert. Elle ressemble plus à un autel qu’à une table de repas. Son assiette est vide et son verre aussi. C’est son corps et c’est son sang qui seront le repas.

Simon le pharisien, lui, regarde la femme et la désigne du doigt. Mais l’immobilité de son visage est insensibilité et froideur. Tout son corps se détourne d’elle. Il est vêtu comme les garçons des années 1950, il n’est pas un de ces étroits pharisiens des siècles passés à l’idéologie primitive ; il est l’un de nous !

- Quant à la femme qui apparaît à la porte et semble servir, ne serait-elle pas Marthe, qui apporte le parfum selon Jean 12

Par artbiblique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 19:17

Le livre de Ruth raconte l'histoire de Naomi, sa belle fille Ruth, la Moabite, et Booz. Il vaut mieux le lire pour mieux comprendre ce qui suit.

Ce livre a été assez peu mis en images, sauf celle de la rencontre entre Ruth et Booz

 

Marc Chagall a réalisé dans les années 60 une série de lithographies en couleurs sur l'histoire de Ruth. Elle comprend 5 images

 1 Naomi et ses belles filles

1 Naomi et ses belles filles.jpg

 La symétrie est remarquable, elle marque à la fois la solidarité de ces 3 femmes qui n'en font qu'une, et la peur. Le paysage est sombre, les visages sont désespérés mais la lumière les éclaire en signe d'espoir. On peut voir une différence entre les 2 jeunes femmes, celle de droite est plus empressée, elle soutient sa belle mère, c'est Ruth, alors que celle de gauche semble plus indifférente, c'est Orpa qui va retourner dans son pays.

 2 Ruth glanant

2 Ruth glanant.jpg

 

La lumière est écrasante, l'air vibre, on sent la chaleur qui écrase tout. Ruth debout tient une gerbe , elle est fatiguée. Une femme est assise et se repose, Ruth a un mouvement vers elle , comme si elle voulait l'aider, la nourrir. C'est bien l'attitude de Ruth envers Naomi, même si le texte ne parle jamais de Naomi au champ.

 

 

 

 

3 La rencontre entre Ruth et Booz

 

3 rencontre.jpgBooz est au centre , son corps est raide mais sa tête et ses bras bougent, ses pieds dansent. Ruth a mis une belle robe, elle est souple, légère, elle offre son bras à Booz.

 

C'est le coup de foudre entre Ruth et Booz. Le cercle rouge en témoigne. Est ce le soleil ? Une sorte de meule qui exprime la richesse, la fécondité à venir ? Une boule de feu qui est dans Booz qui est le moteur de sa joie et de son mouvement ?

 

 

 

4 Ruth aux pieds de Booz

 

4 Ruth aux pieds de Booz.jpg

Trois parties horizontales. La voûte des cieux en noir , la champ et ses gerbes, les personnages au sol. La lune est le lien entre les 3 bandes, elle brille au ciel, elle a une forme de faucille et éclaire la moisson, elle illumine le visage de Ruth. Booz dort , il a la couleur des gerbes qui ne font qu'un avec lui, il occupe l'espace. Ruth est éveillée, elles est à ses pieds , elle réfléchit, c'est une femme et elle est donc en étroite relation avec la lune, elle se prépare à quelque chose d'important.

 

Le texte biblique a inspiré Chagall mais sans doute aussi Victor Hugo et son Booz endormi.

Booz s'était couché de fatigue accablé ;
Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.....

 Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,
S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.

Booz ne savait point qu'une femme était là,
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.
….
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre
Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l'oeil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été,
Avait, en s'en allant, négligemment jeté
Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.

 5 Booz se réveille et voit Ruth à ses pieds

5 Booz se réveille et voit Ruth à ses pieds.jpg

 Chagall reprend la mise en scène précédente, la moisson est toujours là, la lune est devenue soleil, la nuit fait place au jour. Ruth occupe maintenant tout l'espace que Booz occupait, elle est éveillée, joyeuse, charnelle... elle a réussi

 Booz est nu lui aussi, il tient la faucille qui récolte, il est heureux il est au ciel . Tout est signe de bonheur et de fécondité, un enfant se prépare.

 

 

5 Ruth Tissot.jpeg

 



Cette vision très heureuse et érotique de cette nuit , peut être opposée à celle que donne Tissot dans cette aquarelle : les rôles sont inversés, Ruth dort et Booz songe, mais quelle angoisse, de quoi prend-il la mesure ?

 

 

 

 

 

 

Thomas Rooke 1842-1942 est un préraphaélite anglais, en 1876 il a peint ce petit triptyque , 3 huiles de 66 x 39 cm qui se trouvent à la Tate Gallery.

 

6 Bonne Story_Of_Ruth_Thomas_Matthews_Rooke.jpg

 Trois scènes à trois moments du jour : le soir, le midi et le matin

Trois paysages : le désert aride, le champ riche de la moisson, la vigne signe d'avenir

 Trois vertus et trois attitudes mises en image : la fidélité de Ruth et la consolation, la générosité de Booz et la reconnaissance de Ruth ; l'amour maternel et la reconnaissance.

Ce sont les 3 moments d'une espérance messianique par les femmes, Ruth permet à Noemi d'avoir une descendance, qui ira jusqu'à Jésus.

 

Quelques images autres :

 Wil7 William-Blake_1795-Naomi-entreating-Ruth-Orpah.jpgliam Blake donne une belle idée de la séparation des femmes

 

 

 

 

 


Le « nazaréen » Schnorr von Carolsfeld, crée vers 1850 une relation forte et mystique entre Booz et Ruth, celle du « préraphaélite » Burne Jones en 1879 , est différente mais tout aussi forte.

 

14 JuliusSchnorrvonCarolsfeld-Ruth-in-Boazs-Field-1828.jpg                          9 1879Burne-JonesRuthMeetsBoazdrawing.jpg

Ces deux scènes sont construites comme des Annonciations, Dieu vient par l'intermédiaire de Booz , une lumière apparaît, un enfant est à venir.

Par artbiblique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus