Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 10:21

UNE HISTOIRE BANALE

 

Luc 15, 11-13 « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir.” Et le père leur partagea son avoir. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout réalisé, partit pour un pays lointain et il y dilapida son bien dans une vie de désordre.

 

        Qu’un fils demande sa part d’héritage, qu »il parte puis revienne ruiné… cette histoire est assez banale et on peut la traiter comme telle


        Jean Baptiste Scotin le Jeune (1671-1716).jpg

Le départ du fils prodigueJean Baptiste Scotin le Jeune (1671-1716) gravure

                La question de l’héritage est sensible au 17e s.

        

Le fils prodigue,  Joyeuse compagnie ;  Gerrit van Honthorst ;1623 huile sur toile, 125 x 157 cm, Staatsgalerie, Schleissheim

                Une occasion de peindre l’ivresse et les filles le-fils-prodigue honthorst 1622.jpg

        

 

 

 

 

 

 

 

 

 


La misère et la conversion du fils

 

Luc 15 , 14-19 Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans l’indigence. Il alla se mettre au service d’un des citoyens de ce pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre des gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui en donnait. Rentrant alors en lui-même, il se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain de reste, tandis que moi, ici, je meurs de faim ! Je vais aller vers mon père et je lui dirai : Père, j’ai péché envers le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Traite-moi comme un de tes ouvriers.”

  DURER.jpg

Le fils prodigue, Albrecht DURER, 1496 ; gravure ;  il y a 2 versions

        Prière du fils vers le Père du ciel mais  le contexte est marqué et les porcs cernent le fils

 

 

 

 

 

 

 


 

rodin.jpg

 

Le fils prodigue, RODIN , bronze avec patine noire, 1886, 55 cm

        Mouvement de détresse face ou contre Dieu ?

 

 

 

 

 

 

 

Puvis de Chavannes.jpg

Le fils prodigue Puvis de Chavannes,  1824-1898, huile 1879 , 100 x 147 cm ; Chester Dale collection

                Méditation intérieure ; repli sur soi

 Peinture de Baccio Maria Bacci (1888-1974), 1925.jpg

Le fils prodigueBaccio Maria Bacci 1888-1974; huile sur toile ; 1925;  70,5 x 60 cm;  Civico Museo d’Arte Contemporanea, Milan

                Méditation à propos des porcs, comme dans le texte

 

 

 

 

 

 

 


 

ACCUEIL DU PERE 

 

Luc 15, 20 – 24    Il alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié : il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : “Père, j’ai péché envers le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils…” Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez la plus belle robe, et habillez-le ; mettez-lui un anneau au doigt, des sandales aux pieds. Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.”

 

ACCUEILLIR C’EST VETIR


 mmw_10b34_015r_min_1.jpg

  'Speculum humanae salvationis', Cologne, c. 1450

dessin à la plume, coloré; Museum Meermanno Westreenianum, La Haye

        Fils nu en signe d’humilité, comme pour les condamnés qui demandent pardon en public

 

 

 

 

 

 


Le retour du fils prodigue; Pompeo Batoni ; 1773 huile sur toile, 138 x 100,5 cm Kunsthistorisches Museum, Vienna

        Fils nu entre se blottit sous le manteau du père Batoni.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

3-return-of-the-prodigal-son-guercino.jpg

 

 

 

 

Le fils prodigue
Guercino (1591-1666); 1619,
huile sur toile, 107 x 143.5 cm
Kunsthistorisches Museum, Gemäldegalerie

        Importance du mouvement des mains, le fils se dévêt, le père tend la main vers la nouvelle chemise, les mains se croisent mais pas les regards, très maniériste mais le fils aîné tend des chaussures … pour repartir

 

LE MOUVEMENT D’ACCUEIL

 

20 Murillo enfnat prodigue.jpg

 

Le retour du fils prodigue ,  Bartolomeo MURILLO ; 1670, huile;  National Gallery of Art, Washington

        Mise en scène où tous les éléments et personnages se retrouvent. Mouvement du père qui enserre le fils, à comparer avec Rembrandt, échange des regards

        

Leonello Spada (1576 - 1622), 17eme siecle. Huile sur toile. 1,60 1,19m. Paris, Musee Du Louvre.jpgLe retour du fils prodigue; Leonello SPADA (1576 - 1622), 17eme siecle. Huile sur toile.  1,60  1,19m. Paris, Musée Du Louvre

        Gros plan sur la relation, fils très jeune, le père l’entoure de ses bras et le regarde avec certaine sévérité   

 

 

 

 

 

 

 

Guerchin dit Il Guercino (1591-1666) 1617 Turin, Galleria Sabauda.jpg

 

Le retour du fils prodigue; Guerchin dit Il Guercino (1591-1666) 1617 Turin, Galleria Sabauda

 Composition en mouvement dans cadre dynamique : partie gauche et diagonale inversée, du haut vers bas ,  le père se précipite, fils ne bouge que les bras. Perspective très accentuée et faussée par l’escalier, mais le point de fuite tombe sur le fils aîné !20 Masari.jpg

 

 

Le retour du fils prodigue, Lucio MASSARI 1569-1663; huile, 1614, Pinacothèque de Bologne

        Maniérisme ; même mouvement mais composition inversée par la diagonale et  vue en plongée,  plus de compassion pour le père. Le fils aîné arrive à cheval et interroge

 

 

 

 

 

 

 

 

 

REMBRANDT

 rembra15.jpg

Le retour du fils prodigue, REMBRANDT, huile sur toile 206x 262cm,  1663- 1669 , Ermitage

 

Méditation de Paul Baudiquey devant l’oeuvre de Rembrandt : « le retour du fils prodigue ».   

L’homme qui a peint le « retour du prodigue » est un homme sans façade. Un homme lavé de toute parole vaine. L’œuvre est immense. Elle s’ouvre sur l’espace d’une confidence unique dans toute l’histoire de l’art occidental.

 « C’est le premier portrait « grandeur nature » pour lequel Dieu lui-même ait jamais pris la pose. »

Rembrandt meurt en 1669, Ses dernières œuvres sont 1663 1669 : Le Retour du fils prodigue (Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg)  et 1669    Siméon au temple inachevé

 

 

 

 


Ensemble : quelle attitude ?

  Fils  complètement de dos, mais couple décentré , horizon au niveau des mains , un corps à corps mais statique

 


 Le père : en majesté, massif mais fragile par son maintien et son visage

detail_prodigal_son.jpg

voûté comme arc roman, ses bras créent un ovale, une mandorle divine , mais aussi ovale géniteur de la femme, le Père divin reçoit et donne naissance

 il a un visage d’aveugle, il pleure ?  comparaison avec évangéliste  Matthieu 1661 et prophète Siméon 1669 inachevé , un vieux juif

 

evangeliste.jpg                      roemische_krippe_simeon_480.jpg

 

 

Le fils : puissant , « cou de bagnard, vêtement de tempête » , une sorte de naufragé qui se retrouve au port

les mains grandes mais différentes, elles abritent, accouchent… car le fils  se perd dans le ventre , il en sort comme un nouveau né
 

 

567px-Rembrandt_Harmensz._van_Rijn_-_The_Return_of_the_Prodigal_Son_-_detail_son.jpg

 

 

 

Les autres personnages

        Enigmatique mais nombreux, tous tournés vers le fils

2 servantes, 2 hommes dont le fils en rouge, stupéfait calmes méditatifs pas de récrimination, spectateurs comme nous

 

autres personnes.jpg

 

 

ACTUALISER LA PARABOLE

 

        James Jacques Joseph TISSOT 1836, Nantes  - 1902, Buillon (Doubs)
Vit à Londres entre 1871-1882 jusqu’à mort de sa compagne Kathleen Newton

Conversion en 1888, il se tourne alors vers l’aquarelle biblique
 

 Parabole du Fils prodigue,  série de 4 tableaux vers 1880 , huile sur toile, chacun de   86,3 x 116,2 cm,  Musée des Beaux-Arts de Nantes prêt du Musée du Luxembourg  en 1914, suite à legs de 1904

 Il campe la série dans le monde moderne, au bord de l'eau à Nantes

 

départ.JPG

 

Le départ

Le"Départ"se situe près d'une bow-window. La lumière mordorée et les détails de nature morte (fleurs, coquillages, chat) rappellent l'intérêt de Tissot pour les Flamands. On reconnaît à gauche Kathleen Newton, une sœur du fils prodigue   

Le fils cadet domine : il est agressif par sa pose, il se saisit d’un portefeuille l’aîné rêve, Le père discute

 

Tissot prodigueEn pays étranger.jpg

 

 

En pays étranger
 Deuxième épisode de la série, l'oeuvre rappelle la passion de Tissot pour le Japon.  A nouveau composition verticale mais cette fois ce sont les plaisirs qui dominent

 

The_Prodigal_Son_The_Return tissot.jpg

 

 

Le retour

Le port de Nantes, le plancher luisant  sert de scène pour un épisode poignant. A droite, on reconnaît Kathleen Newton et le frère du fils prodigue. A gauche, les cochons d’un débarquement, dont le fils était. Le traitement des navires témoigne de la fascination de Tissot par la mer.  Composition toujours verticale mais cette fois c’est le père qui domine,

 

  Tissot est un rare peintre à traiter la dernière partie sur le fils aîné

Luc 15, 25-32 « Et ils se mirent à festoyer. Son fils aîné était aux champs. Quand, à son retour, il approcha de la maison, il entendit de la musique et des danses. Appelant un des serviteurs, il lui demanda ce que c’était. Celui-ci lui dit : “C’est ton frère qui est arrivé, et ton père a tué le veau gras parce qu’il l’a vu revenir en bonne santé.” Alors il se mit en colère et il ne voulait pas entrer. Son père sortit pour l’en prier ; mais il répliqua à son père : “Voilà tant d’années que je te sers sans avoir jamais désobéi à tes ordres ; et, à moi, tu n’as jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais quand ton fils que voici est arrivé, lui qui a mangé ton avoir avec des filles, tu as tué le veau gras pour lui !” Alors le père lui dit : “Mon enfant, toi, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Mais il fallait festoyer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est vivant, il était perdu et il est retrouvé.” »

 

L'Enfant prodigue Le Veau gras.jpg

 

 

Dernier épisode de la série,"Le Veau gras" est peut-être plus autobiographique. Alors que le fils prodigue partage le repas, son frère qui revient de sortie, demande au père la raison de cette faveur,  

La scène est divisée en deux: à gauche l'intimité familiale avec le père et la soeur (K.Newton), à droite le fils aîné portant le canotier de Henley   très chic club londonien auquel appartenait Tissot. Cette fois diagonale domine et la scène n’est plus à contre jour

 Cette mise en scène suggère que le fils aîné reproche à son père de ne pas avoir été invité, pourquoi était il si pressé de fêter le retour du cadet ? la jalousie devient celle d’un fils qui lui aussi aimerait être reconnu comme perdu pour être reconnu  

Tissot se voyait-il comme un enfant perdu?    Tissot songeait-il déjà à rentrer en France?   

 

Partager cet article

Repost 0
Published by artbiblique
commenter cet article

commentaires