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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 18:27

Le récit concernant Bethsabée et David se trouve au 2d livre de Samuel ch. 11 et 12, vous pouvez y accéder

http://www.info-bible.org/lsg/10.2Samuel.html#11

 

Que représenter ? une histoire biblique ou une situation  morale, celle du désir ?  

Je suis ici l’exposé "Désir du danger" ou "danger du désir"? par Alain COMBES  http://www.flte.fr/pdf/pdf245.pdf?PHPSESSID=a62d5a5cc3c9cdf3d24c324f17e1e747

Dans le récit biblique, quelle est la part de responsabilité de Bethsabée dans le désir de David ? Derrière cette question anecdotique, il y a la question récurrente, encore actuelle, de la séduction, de la culpabilité de l'objet du désir.

Le "désir du danger", c'est quand on provoque le désir de l'autre, tout en sachant les conséquences de cette attitude. Le "danger du désir" c'est quand on laisse le désir grandir en soi et ainsi, on prend le risque de succomber.

Le XVIe siècle a débattu ce sujet. En voici un témoignage dans trois illustrations bibliques du monde luthérien. 

 

Hans_Luft_1534.jpg

La première image publiée dans la Bible éditée par Hans Lufft en 1534, a été dessinée dans l'atelier de Cranach selon les indications de Luther

Une Jérusalem de légende, Bethsabée, de dos, est occupée à sa toilette avec deux servantes. On ne voit rien de sa nudité, à peine l'ombre de son mollet. Aucun des trois personnages ne s'aperçoit que le roi se trouve sur la terrasse et la regarde.

Bethsabée est ici, totalement innocente du désir de David.

  la présence des cygnes sur l'eau. Deux d'entre eux, en vis à vis, disent peut être la suite de l'histoire : le face à face intime entre Bethsabée et le roi.  

 

Dans cette image, Bethsabée semble donc victime de la séduction royale.

 

virgil solis.jpg.jpeg

La deuxième image

 Elle a été dessinée par Virgil Solis et apparaît quelques années après la première dans l'illustration de « Figures de la Bible »

Bethsabée est peut-être encore ici une femme "pure". Pourtant nous pouvons observer quelques variantes :   

La jambe de Bethsabée est nettement plus haut levée et une servante regarde le roi installé sur le balcon. On est donc conscient de la présence d'un témoin.

Sur le côté, une table est dressée avec une collation. Le bain n'est plus rituel mais s'inscrit dans un moment de détente champêtre.

Sur la table on peut voir un double signe représentant un "9" et un "6". Il   rappelle les commandements : le 9e la défense de la convoitise, le 6e la défense de l'adultère.

 la prude Bethsabée ne semble pas vraiment séductrice, on trouve néanmoins, sur "sa" berge, dans son univers, la marque des deux commandements qui vont être transgressés.

Jost_Amman_1564.jpg



La troisième image

La troisième image est l'œuvre du dessinateur zurichois Jost Amman et apparaît en 1564     

Bethsabée ne semble vraiment pas accomplir un rite religieux en prenant un bain rituel. Les jambes, découvertes et haut levées ne doivent pas cacher grand chose de son intimité au regard de David, tout là-haut sur la terrasse. L'eau coule dans le bassin par la gueule d'une fontaine en forme de dragon.

Bethsabée se regarde dans un miroir en se caressant le visage, de toute évidence, elle se préoccupe de sa beauté et sa posture est plus celle d'une courtisane que de la chaste épouse de l'officier Urie.

 Le réformateur Konrad Sam, en 1534 dira : «les femmes sont toujours Eve, elles séduisent les hommes et tiennent toujours la pomme dans la main.»  Effectivement, on voit bien ici le rôle que l'on prête à cette femme : celle de "la femme", tentatrice depuis le jardin d'Eden.  

On est donc passé d'une simple illustration de l'épisode biblique centrée sur l'abus de pouvoir d'un roi, à la leçon de morale qui dédouane un peu l'homme de sa convoitise, fragile comme il est devant la séduction active de la femme.

Mais ces éclairages ne rendent pas compte de l'autre aspect de l'histoire : le crime abominable de David qui fait tuer le mari de Bethsabée. Ce point n'est pas mineur !

Finalement, placer l'éclairage sur le péché de meurtre ou celui d'adultère, n'est pas innocent au XVIe siècle. Les regards sont orientés soit sur la politique et les abus de pouvoir qui caractérisent cette période, soit sur la vie quotidienne des fidèles et le souci pastoral de morale sexuelle.

 

 

Deux peintures de RUBENS et REMBRANDT

 

1 _Bathsheba_at_the_Fountain_f.jpg                                 2 bathsheba_at_her_bath-large.jpg

 

                                    
 

RUBENS, Pieter Pauwel, Bathsheba at the Fountain,c. 1635, Oil on oak panel, 175 x 126 cm, Gemäldegalerie, Dresden

REMBRANDT Harmenszoon van Rijn, Bathsheba at Her Bath,1654
Oil on canvas, 142 x 142 cm
Musée du Louvre, Paris

 

 

La lettre envoyée et reçue n’est pas dans le texte, « David envoya des émissaires et la fit chercher » (II Samuel, 11, 4), la lettre est une invention de la renaissance

 

Comparons les 2 œuvres

           

 

Rubens

Rembrandt

Composition

Horizon 1/3 supérieur

Construction sur diagonale

Lignes ascendantes vers droite

 

Espace ouvert

  

Horizon 1/3 supérieur

Construction sur diagonale

Lignes ascendantes ou descendantes  vers gauche

Espace clos

 

Couleurs

Gamme chaude  + rouge passion

bleu du messager

Gamme chaude mais rien de vif

Lumière et regard

Lumière de droite

Elle regarde vers gauche  = passé mais son corps est tourné vers droite= avenir, ce qui suit la construction en diagonale

Lumière de gauche

Elle regarde vers gauche et le bas = passé, ce qui inverse la construction en diagonale

Détails

Toilette sans référence rituelle, préparation par le haut, exaltation plaisir

Bijoux

 

David présent

Servante jeune enjouée

Toilette préparation par le bas= purification

 

Bracelet = équivalence alliance , rappel mariage à Urie

David absent

Servante vieille sérieuse

Décor

Baroque et maniériste : chien signe fidélité et intimité, messager exotique

Il remplit l’espace, dispersion

Peu visible, grand tissu précieux

 

 

 

L’espace semble vide, concentration

 

Rubens nous montre une Bethsabée insouciante et sensuelle, presque déjà frivole, en train de recevoir l'invitation du roi David pour le soir même au palais. Alors que Rembrandt montre une femme marquée par

 

Le Contexte explique aussi le contraste entre ces 2 œuvres

 

En 1635 lorsque Rubens réalise sa toile Bethsabée au bain il a 58 ans.

 Après le décès de Isabelle Brandt, en 1626, il épouse en avril 1630, la jeune Hélène Fourment, alors âgée de 17 ans. Sa vie familiale est heureuse, femme et enfants se portent bien. 

 

Rembrandt connaît le Rubens,

En 1654 lorsqu'il réalise Bethsabée Rembrandt est âgé 48 ans. Il a perdu trois enfants, sa femme Saskia  décède de la peste en 1642, laissant Rembrandt seul avec son cadet, Titus. En 1654 la situation financière   est très chancelante. Il vit avec Hendrickje Stoffels, sa servante et sa compagne  qui lui sert de modèle

 

 

2 bathsheba_at_her_bath-large.jpg

 

 

« BETHSABEE TENANT LA LETTRE DU ROI DAVID » 1654
huile sur toile, 142 x 142 cm Musée du Louvre, Paris

 

Décor :   la toile a goudronné, faisant ainsi pratiquement disparaître le second plan, dans un ocre-brun très sombre virant au noir,

 l’on ne distingue presque plus l’étagère du fond , le volume somptueux de l’étoffe,  or de la toilette entassée qui revêtait, quelques instants auparavant, Bethsabée.

 Corps nu :

Ce corps nu doré a d’une lumière qui semble émaner de lui, Rembrandt  est parvenu  à peindre le corps d’une femme aimée dont la beauté transcende les imperfections.

Les volumes  et  la lumière soulignent  le ventre et la poitrine. C’est la beauté d’une femme, dont la chair était illuminée   par la promesse d’une grossesse future

 

Psychologie : désarroi pathétique dans lequel la plonge l’amour que lui porte le roi David

le regard de Bethsabée :le recueillement et la gravité   : celui de l’adultère meurtrier, et donc de sa faute, dans lequel l’entraîne inexorablement l’amour que lui porte David ;  la nostalgie d’une pureté perdue, qui s’abandonne à un destin qui la dépasse (elle est l’ancêtre du Christ)

 Lettre : le roi lui fait-il l’aveu de son amour ou lui apprend-il la mort d’Urie, 

 Servante et lavement pieds :  est-ce une  allusion au lavement des pieds des apôtres par Jésus, de la descendance de Bethsabée ?

 

699px-Veronese-Bethsabée_au_bain-Lyon.jpg

 

 Paul VÉRONÈSE  1528 -  1588   Bethsabée au bain 

Musée de Lyon vers 1575 Huile sur toile H. 2,32 ; L. 2,42

 

Une intrusion masculine dans l’espace intime d’une femme. Véronèse a partagé la scène en deux parties contrastées, tout en reliant les espaces par un jeu subtil d'accords colorés et un puissant clair-obscur. Deux scènes bien distinctes: d’un côté, c’est l’harmonie architecturale, de l’autre, la relation entre deux figures.

 

A droite : palais et jardin clos bien ordonnés, un groupe de personnes avec le double du vieillard, mais ciel noir menaçant

A gauche : un coin dans l’ombre, isolé, abris des regards mais sur lequel tombe aussi la lumière,

Bethsabée, se prépare au bain, mais n’a pas les cheveux défaits,

elle est surprise, cf. son pied crispé, sa main droite , voire son oreille rouge

elle remet son manteau mais pourquoi le geste sur son sein, on croirait qu’elle va allaiter ?

Elle est en bleu, couleur de la chasteté, de la fidélité

David debout, menaçant ? essaie de la convaincre ou plutôt lui donne des ordres

Il  porte la cape d'or à gros boutons caractéristique des doges de Venise. opposition au bleu discret de Bethsabée.

 

Il est bien question d’érotisme entre eux. Car si les corps sont recouverts, la statue qui surplombe l’action, rappellent ce qui reste caché. Et l’oreille rouge, le pied crispé et la main jouant avec le filet d’eau parlent pour la jeune femme.

Regards : elle vers le haut et la droite : positif, tourné vers avenir

Lui tourné vers la gauche et le bas : négatif, passé. Il casse le regard de Bethsabée ,  il inverse son avenir

 

 

Mise en scène : Il semblerait que David, suivi de sa cour, se trouve dans la partie droite du tableau. Or, l'émissaire porte le même manteau qu'un personnage sous les colonnades : les deux scènes sont-elles simultanées, ou liées dans une logique narrative ?

Le jardin représente la demeure du roi, ou celle de Bethsabée ?

 

Décor : Fruit orange, rappel du péché originel, s’oppose à la statue pour laquelle le péché est inconnu ?

aiguière et  coffret : Les armoiries représentées  la célébration d’un mariage ou d'une alliance entre deux puissantes familles

 

Statue  concentre l’ambiguïté de la scène: son cadrage met en évidence l’érotisme d’un corps pas si minéral que cela, et la tête de Bethsabée est singulièrement placée sous ce témoin si provocant, qu’à la Cour de Louis XIV, où le tableau est vite parvenu, on lui a ajouté une tête et des bras afin d’éloigner le moindre doute ; car prêter la vie à cette effigie, ce serait mettre en doute la vertu de BethsabPaolo_Veronese_001.jpgée.

 

En 1991 a été fait le choix de retrouver le format initial, tout en gardant l'agrandissement derrière le cadre actuel. Mais l’agrandissement n’est pas innocent, il donne tête et bras à la statue

 

Le titre a changé au cours des siècles. Tantôt c'est Bethsabée et David et tantôt Suzanne et les vieillards.   Voici deux histoires dont l'une aboutit à un adultère et l'autre au contraire, à une accusation non fondée d'adultère

Pour Joséphine Le Foll, le tableau de Véronèse est à la fois Suzanne et Bethsabée.
Le thème de Suzanne est présent à travers la fontaine et la présence d'un vieillard ;  alors qu'ils sont d'habitude plusieurs. Si on prend le couple Bethsabée et David, ce dernier n'est pas représenté vieux et il ne vient pas à Bethsabée mais lui envoie un jeune messager.
Il y a peu de chance pour que Véronèse n'ait pas compris la différence entre les deux personnages, c'est le commanditaire qui a du déterminer l'iconographie du tableau. Il a été commandé à l'occasion d'un mariage et le thème en était l'adultère. Le thème commun qui rassemble Bethsabée et Suzanne est celui de l'adultère et de la justice.

 

 

bible13zoom.JPG

CHAGALL David et Bethsabée

 

Lithographie  papier : 35x26 cm - image : 35x26 cm
Année : 1956  Dimensions 50 x 70 cm

 

Description :

            Visages : fusion ou confusion du couple

Ils sont dans la lumière, le blanc du mystère divin ?

Les anges : médiateur ? Cupidon selon Théodore de Bèze, cela concerne l’adultère et  le meurtre, mouvement vers le passé ? couleur rouge de la passion ?

Nathan  en haut est  en bleu, couleur du ciel, il tient la Loi, les commandements, il arrête l’ange

            La main ? celle de Dieu qui ouvre un avenir ? couleurs ?

 le visage de Bethsabée est aussi tourné vers l’avenir, alors que David semble prendre à témoin le spectateur

           

 

On peut rapprocher cette image d’une lecture de Gn 2, 24 « ils seront une seule chair» par la Kabbale : le texte renvoie à l’union physique et à l’union à Dieu. Le mariage et l’union charnelle sont la reconstitution de l’unité, de l’image de Dieu avec ses 2 aspects, féminin et masculin, et de l’unité de l’humain avant sa séparation en 2 parties séparées.

Les bons mariages sont la rencontre des 2 parties androgynales de l’âme, mais il y a de mauvais mariages où les âmes sont unies à d’autres que celles qui leur étaient prédestinées, Bethsabée était destinée de toute éternité à David,  c’est un « mariage retardé ».

 

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 12:18

1-simon-rubens.jpg

 

  

 

 

Lc 7, 36-50   Un Pharisien l'invita à manger avec lui ; il entra dans la maison du Pharisien et se mit à table.  37 Et voici une femme, qui dans la ville était une pécheresse. Ayant appris qu'il était à table dans la maison du Pharisien, elle avait apporté un vase de parfum.  38 Et se plaçant par-derrière, à ses pieds, tout en pleurs, elle se mit à lui arroser les pieds de ses larmes ; et elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers, les oignait de parfum.  39 À cette vue, le Pharisien qui l'avait convié se dit en lui-même : "Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu'elle est : une pécheresse !"
 40 Mais, prenant la parole, Jésus lui dit : "Simon, j'ai quelque chose à te dire" - "Parle, maître", répond-il. -  41 "Un créancier avait deux débiteurs ; l'un devait cinq cents deniers, l'autre cinquante.  42 Comme ils n'avaient pas de quoi rembourser, il fit grâce à tous deux. Lequel des deux l'en aimera le plus ?"  43 Simon répondit : "Celui-là, je pense, auquel il a fait grâce de plus." Il lui dit : "Tu as bien jugé."
 44 Et, se tournant vers la femme : "Tu vois cette femme ? dit-il à Simon. Je suis entré dans ta maison, et tu ne m'as pas versé d'eau sur les pieds ; elle, au contraire, m'a arrosé les pieds de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux.  45 Tu ne m'as pas donné de baiser ; elle, au contraire, depuis que je suis entré, n'a cessé de me couvrir les pieds de baisers.  46 Tu n'as pas répandu d'huile sur ma tête ; elle, au contraire, a répandu du parfum sur mes pieds.  47 À cause de cela, je te le dis, ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont remis parce qu'elle a montré beaucoup d'amour. Mais celui à qui on remet peu montre peu d'amour."  48 Puis il dit à la femme : "Tes péchés sont remis."  49 Et ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire en eux-mêmes : "Qui est-il celui-là qui va jusqu'à remettre les péchés ?"  50 Mais il dit à la femme : "Ta foi t'a sauvée ; va en paix."  BJ
 

Pécheresse, femme de mauvaise vie ou femme au parfum… pour les peintres elle est un visage de Marie Madeleine

 

L’ Etude iconographique peut suivre la grille suivante

            Etude du contexte : maison de Simon, moment du repas : avant, pendant, après

                                               Position à table   v. 38

                                               Autres protagonistes v. 49

Etude  des relations entre Simon et la femme v. 39

des relations entre Jésus et Simon v. 40-47

                        des relations entre Jésus et la femme v48,50

           

Etude de la femme : signes de sa condition ? v. 37

quels sont ses gestes ?      Qu’exprime son visage ?

 

 

Pierre Paul RUBENS 1577-1640

Fête dans la maison de Simon le Pharisien;  vers 1618 huile sur toile, Musée de l'Ermitage, Saint Petersbourg

 

 

1-simon-rubens-copie-1.jpg

Contexte : une maison de notable, avant le repas que les serviteurs apportent

                        5 notables pharisiens tête couverte, 3 disciples et Jésus

                        ils sont assis derrière une table , vue en légère contre plongée

 

Relations : Jésus parle à Simon, c’est le verset 44 : « vois cette femme… »,

Simon est interloqué

            Jésus et la femme : il la désigne simplement de la main

            Les pharisiens écoutent septiques, l’un étudie la Loi

les disciples parlent

opposition au centre entre le disciple qui nous regarde avec foi et le pharisien qui fait la moue

 

La femme : elle est belle, peau blanche, soignée mais dénudée et cheveux défaits ce qui montre le désordre de sa vie

            Elle se prosterne, elle embrasse (tient dans ses bras), elle essuie avec ses cheveux, elle pleure

            Une amoureuse

 

Mise en scène : symétrie par rapport à axe central, la femme est au centre, elle est tache claire renforcée par la nappe blanche= opposition entre pureté du blanc, de la lumière est de sa condition de pécheresse

            A gauche l’agitation : serviteurs, mouvements confus des pharisiens… à droite rigueur et vide, Jésus parle , sa parole soude les disciples, perturbe les pharisiens

            Lumière du haut tombe sur la femme et sur Jésus dont la peau est très claire, manifestation divine

            Couleurs : bruns dominent, rouge du manteau de Jésus, passion,  gris bleu de la femme et de Jésus donc proximité physique et spirituelle

            Symboles : fruits sur la table : pomme, raisin = images de la rédemption

Chien à gauche = fidélité ? il se détourne des pharisiens

            Siège de Jésus avec pattes de lion= le Christ est le lion de la tribu de Juda Ap 5,5

paon apporté, signe divin, de résurrection , il est au centre et en haut , il donne sens à la scène = la femme est sauvée par Dieu

 

bilan : une scène de salut entre la femme et Jésus, la femme agit , Jésus va pardonner mais  pas de parole directe, tout passe par l’intermédiaire du discours entre Jésus et les pharisiens. Est-ce une lecture du salut par les œuvres comme l’entend la Réforme catholique ?

 2-strozzi.jpg

 

 

 

STROZZI, Bernardo 1581 – 1644, Repas chez Simon c. 1630 Huile sur toile, 272 x 740 cm, Gallerie dell'Accademia, Venise

 

Immense toile faite pour un réfectoire de moines (Strozzi a été capucin)

 

Contexte : immense maison d’un grand luxe, pendant le repas, les convives sont assis autour d’une table rectangulaire, vue en légère plongée, on peut penser que les diciples de Jésus sont à gauche et les pharisiens à droite, le décalage d’axe empêche de les voir, tous mangent et semblent ne rien voir ni écouter, cela donne un caractère intime à la scène malgré le décorum

 

Relations :

Simon regarde la femme v. 39,

Jésus parle à Simon : parabole,

Jésus ne regarde,  ni ne parle à la femme

 

La femme : femme bien sage, seuls les cheveux dénoués…

                        Elle est à genoux, bras croisés signe d’humilité , de demande de protection , fréquent  chez les Franciscains

                        Elle ne fait rien de ce que décrit Luc, mais on peut penser devant l’étonnement de Simon,  qu’elle l’a déjà  fait

3-Strozzi_banquet1.jpg

Mise en scène :

symboles : à gauche lutte entre chien et chat, entre bien et mal, image de la femme, le chien l’emporte

            un enfant est porté, renouveau de l’âme ?

            le vase de parfum, énorme ?

rouge passion du Christ

            la table est très eucharistique : pain, agneau, vin vers é, Jésus la désigne

            Lumière de haut et gauche, elle éclaire Jésus , la femme et Simon mais surtout la table

 

Bilan : une scène qui est déviée vers le repas eucharistique, sacrement du salut, la femme et Simon sont témoins de ce salut, invitation à la conversion

 

6-tissot_mary_magdalenes_box_of_very_precious_ointment-larg.jpg

 

Jacques TISSOT; 1886-1894 Les précieux onguents de Marie Madeleine ; gouache; Musée de Brooklyn, New York

 

Contexte : maison notable juif, patio…reconstitution historique

                        Ils sont couchés à l’antique et donc bien v. 38

                        Nombreux protagonistes, Simon, disciples ? foule derrière la grille

 

Relations : tous regardent la femme, donc mise en scène d’un scandale

                        Jésus lui parle v. 48 et 50 donc fin du récit, il la renvoie, pardonnée, sauvée

 

La femme : on ne voit que sa robe, sage, et ses cheveux défaits, mais elle est rousse signe de volupté

            à genoux, prostrée, entoure le pied de ses mains et de ses cheveux, plus une imploration qu’un geste amoureux , un remerciement devant le pardon de Jésus

 

Mise en scène : vue plongeante par l’arrière, nous voyons ce que la femme a vu en entrant, Jésus est au centre , il est comme le pilier qui soutient la scène

            Lumière : ombre, la lumière est au fond , mais Jésus en blanc est lumineux

            Symboles : les fruits oranges et citons, signe local, abondance comme une corne

                        Vigne biblique

Bilan : le scandale de la femme qui a fait le geste, le scandale de la parole de Jésus

 

 

 7-agravure_protestante_jeremy-TAYLOR.png


 

Jeremy Taylor, gravure pro testante 17ème s.

 

Contexte : une maison de notable, mais plus protestant que pharisien !

            Le repas autour d’une table

Relations : Simon désigne la femme, Jésus lui répond

 

Femme : très sage, elle pleure et essuie le pied de Jésus, il y a un vase de  parfum mais aussi de l’eau

 

Bilan : Une femme repentante, qui fait un geste de service, rapport avec celui de Jésus le jeudi saint selon Jean ?  Une invitation à la repentance

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

RAPPORTS DE CETTE SCENE AVEC D’ AUTRES SCENES

 

Je ne parle pas des représentations de l’onction de Béthanie (selon Marc et Matthieu, l’onction a lieu sur la tête)

Mais nous avons vu qu’il y a des relations avec la Cène, avec le lavement des pieds, il y en a aussi avec la Descente de Croix ou la Déposition car Marie de Magdala reprend l’embrassement des pieds de Jésus

 

Voir un tableau de Guérin, peintre du 17° dans l’église d’Héricy en 77 et lun autre de Fra Bartolomeo du palis Pitti

   

 

 

 

8--Hericy-Guerin.JPG

 

 9-Fra_Bartolomeo_Pitti.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DEUX TRANSPOSITIONS PLUS RECENTES

 

 

 

Jean Béraud 1848-1935 la Madeleine chez les Pharisiens, 1891 , huile 131x104 , Orsay

 

10-geo1_beraud_001f.jpg

 

Commentaire extrait de Gilbert Croué cité in Marie-Madeleine, figure mythique dans la littérature et les arts ; Édité par Marguerite Geoffroy, Alain Montandon ; Université Blaise Pascal, 2000

 

 

Peintre de la vie parisienne, ami de Marcel Proust , œuvre qui fait scandale car galerie de portraits de contemporains

 

Une femme en blanc dans un salon d’hommes en noir bourgeois et intellectuels, un Jésus intemporel

Une femme qui demande pardon, Jésus qui pardonne devant les pharisiens choqués

 

Transposition, la femme est Liane de Pougy, demie mondaine et bisexuelle, qui de fait se convertira mais après le tableau !

Simon est assis au centre avec serviette blanche, on reconnaît Ernest Renan !

Plus surprenant le Christ est un  journaliste socialiste Albert Duc-Quercy

            Georges Clemenceau est assis devant la table , Alexandre Dumas fils … tous des pharisiens, au sens de cette époque

 

 

Philippe Lejeune   « le Repas chez Simon » 1950
Musée Landowski, Boulogne-Billancourt

11-Philippe_lejeune_1950.jpg

 

Commentaire extrait de  Gilles Castelnau, site  http://protestantsdanslaville.org/spiritualite-et-image/im68.htm

Né en 1924,   élève de Maurice Denis ; Il se centre – et cela a toujours été sa grande idée - à la fois sur des sujets bibliques et sur l’art du portrait.

  Les 4 personnes représentées sur ce tableau : Jésus à gauche, dont Madeleine touche encore le pied, Simon le pharisien scandalisé par cette familiarité d’une femme « pécheresse » et la femme à la porte, sont tous des portraits très fidèles de personnes réelles, parents et amis du peintre.

 

Marie-Madeleine prosternée aux pieds de Jésus pleure de reconnaissance et de tendresse pour l’accueil bienveillant que Jésus lui a réservé dans la maison de Simon, l’intégriste pharisien moraliste et exigeant. Le vase de parfum resté par terre la fait reconnaître : c’est celui qu’elle a vidé sur les pieds nus de Jésus.

 Philippe Lejeune est plus attaché à représenter l’histoire qui court traditionnellement dans la mémoire collective que les récits évangéliques eux-mêmes.

Ce qui est saisissant est la transposition de la scène biblique dans le monde d’aujourd’hui, à la manière dont le pasteur Roger Parmentier « actualise » la Bible.

-- Les murs ne sont pas tapissés, aucun tableau n’y est accroché. Ils ne semblent pas réels, ils ne ferment pas la pièce, ils ouvrent plutôt la scène - la cène - à l’ensemble du monde où nous sommes aussi.

 Philippe Lejeune a été sensible au bien-être tranquille de Marie-Madeleine qu’il a imaginée prolongeant aux pieds du Christ l’apaisement que procure la douceur et la tendresse qu’il manifeste aux hommes.

Jésus   en humbles vêtements modernes dans le style adolescent des années 1950.

Il a les mains ouvertes. Il désigne la femme mais son geste est peut-être une bénédiction. Il ne la regarde pas. Son visage est calme et son regard perdu dans une méditation.

La petite table devant lui n’a qu’un seul couvert. Elle ressemble plus à un autel qu’à une table de repas. Son assiette est vide et son verre aussi. C’est son corps et c’est son sang qui seront le repas.

Simon le pharisien, lui, regarde la femme et la désigne du doigt. Mais l’immobilité de son visage est insensibilité et froideur. Tout son corps se détourne d’elle. Il est vêtu comme les garçons des années 1950, il n’est pas un de ces étroits pharisiens des siècles passés à l’idéologie primitive ; il est l’un de nous !

- Quant à la femme qui apparaît à la porte et semble servir, ne serait-elle pas Marthe, qui apporte le parfum selon Jean 12

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11 décembre 2011 7 11 /12 /décembre /2011 19:17

Le livre de Ruth raconte l'histoire de Naomi, sa belle fille Ruth, la Moabite, et Booz. Il vaut mieux le lire pour mieux comprendre ce qui suit.

Ce livre a été assez peu mis en images, sauf celle de la rencontre entre Ruth et Booz

 

Marc Chagall a réalisé dans les années 60 une série de lithographies en couleurs sur l'histoire de Ruth. Elle comprend 5 images

 1 Naomi et ses belles filles

1 Naomi et ses belles filles.jpg

 La symétrie est remarquable, elle marque à la fois la solidarité de ces 3 femmes qui n'en font qu'une, et la peur. Le paysage est sombre, les visages sont désespérés mais la lumière les éclaire en signe d'espoir. On peut voir une différence entre les 2 jeunes femmes, celle de droite est plus empressée, elle soutient sa belle mère, c'est Ruth, alors que celle de gauche semble plus indifférente, c'est Orpa qui va retourner dans son pays.

 2 Ruth glanant

2 Ruth glanant.jpg

 

La lumière est écrasante, l'air vibre, on sent la chaleur qui écrase tout. Ruth debout tient une gerbe , elle est fatiguée. Une femme est assise et se repose, Ruth a un mouvement vers elle , comme si elle voulait l'aider, la nourrir. C'est bien l'attitude de Ruth envers Naomi, même si le texte ne parle jamais de Naomi au champ.

 

 

 

 

3 La rencontre entre Ruth et Booz

 

3 rencontre.jpgBooz est au centre , son corps est raide mais sa tête et ses bras bougent, ses pieds dansent. Ruth a mis une belle robe, elle est souple, légère, elle offre son bras à Booz.

 

C'est le coup de foudre entre Ruth et Booz. Le cercle rouge en témoigne. Est ce le soleil ? Une sorte de meule qui exprime la richesse, la fécondité à venir ? Une boule de feu qui est dans Booz qui est le moteur de sa joie et de son mouvement ?

 

 

 

4 Ruth aux pieds de Booz

 

4 Ruth aux pieds de Booz.jpg

Trois parties horizontales. La voûte des cieux en noir , la champ et ses gerbes, les personnages au sol. La lune est le lien entre les 3 bandes, elle brille au ciel, elle a une forme de faucille et éclaire la moisson, elle illumine le visage de Ruth. Booz dort , il a la couleur des gerbes qui ne font qu'un avec lui, il occupe l'espace. Ruth est éveillée, elles est à ses pieds , elle réfléchit, c'est une femme et elle est donc en étroite relation avec la lune, elle se prépare à quelque chose d'important.

 

Le texte biblique a inspiré Chagall mais sans doute aussi Victor Hugo et son Booz endormi.

Booz s'était couché de fatigue accablé ;
Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;
Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;
Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.....

 Pendant qu'il sommeillait, Ruth, une moabite,
S'était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,
Espérant on ne sait quel rayon inconnu,
Quand viendrait du réveil la lumière subite.

Booz ne savait point qu'une femme était là,
Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d'elle.
….
Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l'ombre
Brillait à l'occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l'oeil à moitié sous ses voiles,
Quel dieu, quel moissonneur de l'éternel été,
Avait, en s'en allant, négligemment jeté
Cette faucille d'or dans le champ des étoiles.

 5 Booz se réveille et voit Ruth à ses pieds

5 Booz se réveille et voit Ruth à ses pieds.jpg

 Chagall reprend la mise en scène précédente, la moisson est toujours là, la lune est devenue soleil, la nuit fait place au jour. Ruth occupe maintenant tout l'espace que Booz occupait, elle est éveillée, joyeuse, charnelle... elle a réussi

 Booz est nu lui aussi, il tient la faucille qui récolte, il est heureux il est au ciel . Tout est signe de bonheur et de fécondité, un enfant se prépare.

 

 

5 Ruth Tissot.jpeg

 



Cette vision très heureuse et érotique de cette nuit , peut être opposée à celle que donne Tissot dans cette aquarelle : les rôles sont inversés, Ruth dort et Booz songe, mais quelle angoisse, de quoi prend-il la mesure ?

 

 

 

 

 

 

Thomas Rooke 1842-1942 est un préraphaélite anglais, en 1876 il a peint ce petit triptyque , 3 huiles de 66 x 39 cm qui se trouvent à la Tate Gallery.

 

6 Bonne Story_Of_Ruth_Thomas_Matthews_Rooke.jpg

 Trois scènes à trois moments du jour : le soir, le midi et le matin

Trois paysages : le désert aride, le champ riche de la moisson, la vigne signe d'avenir

 Trois vertus et trois attitudes mises en image : la fidélité de Ruth et la consolation, la générosité de Booz et la reconnaissance de Ruth ; l'amour maternel et la reconnaissance.

Ce sont les 3 moments d'une espérance messianique par les femmes, Ruth permet à Noemi d'avoir une descendance, qui ira jusqu'à Jésus.

 

Quelques images autres :

 Wil7 William-Blake_1795-Naomi-entreating-Ruth-Orpah.jpgliam Blake donne une belle idée de la séparation des femmes

 

 

 

 

 


Le « nazaréen » Schnorr von Carolsfeld, crée vers 1850 une relation forte et mystique entre Booz et Ruth, celle du « préraphaélite » Burne Jones en 1879 , est différente mais tout aussi forte.

 

14 JuliusSchnorrvonCarolsfeld-Ruth-in-Boazs-Field-1828.jpg                          9 1879Burne-JonesRuthMeetsBoazdrawing.jpg

Ces deux scènes sont construites comme des Annonciations, Dieu vient par l'intermédiaire de Booz , une lumière apparaît, un enfant est à venir.

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 12:24

Elisabeth est une femme qui apparaît uniquement dans l'évangile selon Luc 1, 5 à 57. Elle est présentée comme une femme de la tribu d'Aaron, l'épouse du prêtre Zacharie, la femme vieille et stérile qui reçoit la promesse d'un fils, Jean qui deviendra le baptiste. Elle est aussi la parente de Marie dont l'évangile ne dit rien sauf que c'est une jeune fille fiancée à Joseph. Elisabeth est la femme de l' Ancien Testament, Marie celle du Nouveau Testament, les 2 femmes enceintes se rencontrent c'est ce que l'on appelle traditionnellement la Visitation.

ghirlandaio.jpg

Visitation de Ghirlandaio 1449-94

 1491 date sur le tableau MCCCCL  XXXXI
Tempera sur bois,

172 x 165 cm

église Ste Marie des Pazzi Florence puis
Musée du Louvre, Paris

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

Deux femmes très différentes par âge, vêtement position

Marie jeune, belle, robe rouge et grand manteau bleu, car elle arrive de l'extérieur et entre chez Elisabeth, celle ci s'agenouille en signe de salut ? En fait elle touche le ventre de Marie et c'est devant Jésus qu'elle s'agenouille, elle regarde la broche de Marie, un cœur, sur son sein ?

Elisabeth s'abaisse mais Marie s'incline, pour la relever. Mais les mains sont appuyées sur ses épaules, donc aussi signe de salutation. Double salutation qui marque l'inégalité

Couleurs: le bleu n'est pas le bleu de Marie, sombre par rapport à toute la scène, l'orange de Elisabeth désigne la révélation de l'amour divin mais toutes deux ont des robes rouges, passion ? Feu de l'amour divin ? Dieu est au centre de la scène

A gauche Marie Jacobi fille de Cléophas selon une tradition apocryphe, cet homme aurait été le mari d'Anne, ce qui en fait la ½ soeur de Marie, mère de Jésus . Elle lui ressemble, elle est très enceinte, et le montre. Or le bras d'Elisabeth et son regard vont vers elle.
Cela s'explique par le contexte du commanditaire : peinture commandée par Lorenzo Tornabuoni pour sa chapelle dans l'église de Cestello (aujourd'hui Santa Maria Maddalena dei Pazzi) de Florence, en mémoire d'une jeune femme de la famille, Giovanna morte enceinte.

 A droite Marie fille de Salomé, lui aussi mari d'Anne, donc aussi½ soeur de Marie, mère de Jésus. elle lui ressemble moins, elle est en mouvement et en prière, elle regarde la visitation, comme nous, invitation à la prière ?

Ainsi tous les regards sont tournés vers la gauche, sauf celui de Marie pourquoi ?
Tournés vers le passé (vecteur vers la gauche) vers l'Ancien testament, alors que Marie regarde l'avenir, relève Elisabeth comme « Dieu relève Israël son serviteur » selon le Magnificat
Elles forment un triangle solide, dynamique

Regards tournés vers la Passion  La présence de Marie-Jacobé et de Marie-Salomé, témoins de la Crucifixion et de la Résurrection, peut se comprendre comme une allusion au sacrifice futur du Christ et à la rédemption de l'humanité.

Décor central = mer, port, mais surtout Rome avec colonne, arc et surtout Panthéon dans l'axe de l'arc du 1er plan , donc un axe de Incarnation vers l'ancienne Rome, axe de la  nouvelle Jérusalem

Une histoire familiale qui devient une histoire sainte et une histoire universelle



 pontormo.jpg

 

Visitation de Jaopo Carucci dit Pontormo (sa ville) 1494-1557


Huile sur bois , 202 x 156 cm 1530
église San Michele, Carmignano (Florence)

 

 

 

 

 





 

 

 

Une rencontre qui remplit l'espace

Marie et Elisabeth face à face , une embrassade mais la vieille soutient la jeune, la vieille est un peu plus petite, elle se soulève , elle danse ?

Echange intense des regards, quel message ?

Elles sont enceintes, mais Marie est la plus grosse , alors qu'elle ne l'est que depuis 3 mois

Elles sont dans des rectangles = stabilité, pesanteur, équilibre ; leurs bras sont symétriques, horizontaux = stabilité calme, mais le vecteur d'Elisabeth, est tourné vers le passé, celui de Marie vers l'avenir. C'est cependant Elisabeth qui agit, elle transmet par son regard, par le mouvement de ses bras

Les servantes ? Immobiles, pétrifiées. Ce sont les doubles des 2 femmes surtout pour Elisabeth, elles appellent le spectateur, celle de Marie avance, l'autre en retrait ? Que ou qui regardent elles ? Leur regard dépassant la scène créent un espace, nous met dans cet espace, nous sommes plus que témoins

Contrairement au texte, Elisabeth semble rendre visite à Marie En fait tout le monde marche, mais pose figée, un instant de grâce

Espace avec point de fuite au centre des femmes sur leurs ventres , alors que Marie est axe central

Lumière : le ciel est sombre entre nuit et aube,  la clarté n'est pas celle du soleil, elle vient du haut à gauche, elle inonde, elle révèle, c'est elle qui visite et crée l'unité des femmes

Couleurs : rouge et vert pour Maries couleurs complémentaires ; vert gris et orange pour Elisabeth, la même chose en moins vif ?
Vert= espérance, manifestation de l'amour et sagesse divine au MA, associé à la régénération de la nature et spirituelle
on voit bien l'utilisation différente pour Elisabeth = vert printanier espoir de la délivrance et Marie= vert sombre de l'émeraude qui selon légende est conçue par le soleil 
Orange = procède du rouge et du jaune, couleur de l'or, de Dieu, donc révélation de l'amour divin à l'âme humaine, cette couleur forme un calice qui porte Elisabeth comme coupe divine qui porte espoir de printemps, elle coiffe Marie, comme une marque, un choix divin
Rouge = force courage, couleur de l'Esprit, du feu et donc amour divin, couleur du Christ, ici rose qui

Décor gris sale, nuit , les femmes sont sur une terrasse, qui domine la ville à gauche. Les spécialistes reconnaissent  Florence, et la porte qui mène vers Rome

En bas à gauche : une petite scène avec 2 hommes : les maris ? Le peintre et son élève ? Pain et vin ? Une autre incarnation ? nous ?

Théologie = Une rencontre parallèle à Annonciation mais symétrie absolue, pas venue de Dieu (pas mouvement vertical) mais présence de Dieu (mouvement horizontal), profonde incarnation

Une passation , un échange, une transition entre AT et NT, Elisabeth donne regard, étreinte... elle est confiante, elle transmet la bénédiction . Une rencontre de l'autre et de soi

Contexte historique : 1530 juste après le sac de Rome, Florence humiliée... pape Clément VII Médicis tenu pour responsable, il a voulu jouer contre l'empereur et il a été obligé de l'appeler au secours... il est il est temps de renouveler l'Eglise,
Elisabeth vient de Rome pour visiter sa cousine à Florence, la vieille Rome embrasse la future Eglise , celle dont rêvait le Florentin Savonarole +1498.



 rembrandt.jpg

 

 

 Rembrandt 1606-1669

Visitation

huile sur toile 56,5 x 50 cm (1640, Detroit, Inst. of Arts)











 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une peinture  narrative  : au 17 ème s. Marie, sa servante et Joseph ? viennent d'une ville, ils montent vers un sanctuaire où vivent Zacharie et Elisabeth, et un jeune serviteur. Ceux ci sortent pour les accueillir, les femmes sont en avant et se rencontrent sur le seuil. Les cieux s’ouvrent et éclairent la visite.

 Une trouée de lumière dans la nuit

La nuit : la ville,

En bas à droite: l'homme et sa mule = Joseph ? référence à la fuite en Egypte ?

Une servante mulâtre

la « maison » de Zacharie, un temple ?

La lumière tombe du haut sur Marie, mais sur son dos, elle éclaire Elisabeth qui reçoit la lumière, le message de Dieu

Pour Rembrandt: éloquence d'un effet de lumière à la fois concentré et dynamique, le paysage lui sert déjà à exprimer un état d'âme et prend une dimension poétique supérieure.

Composition : centre occupé par une sorte de podium, le devant du sanctuaire, en hauteur; les mouvements convergent vers le centre; axe vertical passe entre les 2 femmes

Les couleurs : gamme de bruns, une chaude tonalité brune,  une profondeur enveloppante

un peu de blanc et du vert (manteau et ombre)

vert couleur de la contemplation , attente, espérance, la vie

Les personnages : opposition entre les 2 femmes, jeunesse, beauté, mais  elles sont peu enceintes, elles ne se touchent pas le ventre

Marie est dévoilée, par une servante noire, elle porte la vie, la lumière, elle est droite

Elisabeth embrasse Marie , comme un aveugle qui reconnaîtavec ses mains

Zacharie (le même modèle que l'Abraham dans le Sacrifice d'Isaac de 1635) sort s'appuyant sur un jeune serviteur, il semble plus aveugle que muet

Joseph ? Monte avec l'âne vers quoi ?

Servante mauresque enlève le manteau de Marie, pourquoi si haut , pourquoi vert ? Un manteau qui ressemble à un serpent , Marie nouvelle Eve

Les animaux : chien : la fidélité, la foi , tourné vers Marie ?il la reconnaît

Paon : sans couleur, regard par derrière , nombreux petits qui accourent : symbolique double, vanité mais aussi immortalité (chair imputrescible) renouveau et résurrection, souvent associé à Nativité;
ils vivent la scène comme sacrée

Lectures possibles

             1 une simple rencontre narration et scène de genre

             2 le sacrifice à venir = celui d'Abraham (personnage, montée, paon), celui des innocents (fuite en Egypte)

 

             3 inversion de l'épisode de la rencontre d'Abraham et de 3 anges au chêne de Mambré (voir Genèse 18) :promesse de l'AT la naissance d'Isaac se réalise aujourdh'hui dans celle de Jean et de Jésus : c'est Elisabeth qui reçoit Dieu, elle était aveugle, elle reçoit la lumière, la vie nouvelle lui est dévoilée, par son enfantement mais plus encore par la naissance de Jésus

l'incarnation = péché écarté (serpent), vie verte , grâce lumineuse sur Marie , jeunes paons immortels

Zacharie n'a pas cru il est puni, mais il est guidé vers la lumière, le lieu de la rencontre devient l'inversion du sacrifice d'Abraham, Isaac sauvé par Dieu est devenu le sauveur

 

 



t Witz.JPG



A titre anecdotique , voici une Visitation de Konrad Witz, peintre suisse 1400 - 1445, où les embryons de Jésus et Jean Baptiste sont représentés, le second saluant le premier. Cette représentation est assez répandue à la fin du MA, elle est ensuite interdite par le Concile de Trente. 




 

 


La naissance de Jean Baptiste

x ferrari.jpg


Gaudenzio Ferrari

1471 - 1546  

tempera sur bois,

1505,  94 X 86

mais taille  réduite

musée de Brou












 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les nativités de Jean Baptiste se distinguent de celles de Jésus, par le fait qu'Elisabeth est toujours couchée, et que l'on prépare ou que l'on donne un bain à l'enfant, scène en partie coupée ici par le rétrécissement du tableau (mais cette scène de bain existe aussi pour Jésus ou pour la nativité de Marie). Un élément qui est propre: le fait de voir Zacharie écrire le nom de l'enfant, puisqu'il est toujours muet.

 

Ici 2 éléments se surajoutent: la présence de Marie qui tient le petit Jean Baptiste, elle joue les servantes, ceci est totalement en contradiction avec le texte qui précise qu'elle part avant l'accouchement d'Elisabeth. Au fond une servante (sa tête est coupée par le rétrécissement du tableau) apporte des objets dont un plateau, on peut y voir une allusion à Salomé qui portera la tête de Jean Baptiste sur un plateau après sa décollation.

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5 octobre 2011 3 05 /10 /octobre /2011 10:21

EVE

 Je reprends la publication mensuelle des interventions faites dans le cadre du Groupe biblique de l'ERF de Fontainebleau, sous la direction d'Odile Roman-Lombard, pasteure. Le thème de cette année : Des Femmes de la Bible

 

 

EVE


Le texte de la Genèse ch.2 v. 18-25 et ch. 3 1-23, met en scène une femme, dont le nom Eve= la Vivante n'est donné qu'au v.20 du ch.3, sa création, sa relation avec Adam, celle avec le serpent (disons la Tentation), la consommation d'un fruit défendu, son expulsion du jardin d'Eden et les conditions de sa vie ultérieure. La naissance des enfants, Caïn, puis Abel et enfin Seth n'est dite qu'au ch. 4 , v. 2 puis 25.

La peinture a énormément représenté Adam et Eve, surtout la scène dite de la "chute" ou du "péché originel", termes qui ne sont pas du tout bibliques, mais datent de la pensée de St Augustin au Vème s. Ces notions et leurs représentations sont un donné majeur de notre culture, qui a vite assimilée "la faute originelle" au sexe. 

Nous allons partir de cette donnée et montrer que les peintres créent des images psychologiques d'Eve, assez différentes.

 

QUEL RELATION ENTRE EVE ET ADAM ?

 

vl The_Fall_of_Man-1616-Hendrik_Goltzius.jpg

 Oeuvre de Hendrik GOLTZIUS 1558-1617, graveur et peintre protestant de Haarlem. Ce tableau "La chute de l'homme" date de 1617, donc juste avant sa mort, il est conservé à la National Gallery de Washington.

C'est une scène de séduction amoureuse : échanges des regards, qui reprennent le verset 18 de la Genèse"Je vais lui faire un vis à vis "dit Dieu
                   de séduction sexuelle : caresse, pose couchée (la même que le peintre utilise pour les filles de Loth)

Eve s'offre et offre une pommequi devient le centre du tableau :
           la forme des corps, en partant des pieds pir aller aux têtes, est celle d'une corne d'abondance, signe de plaisir et de fécondité, la pomme est au sommet.
           la pomme est à la base du triangle contruit avec l'échange des regards
           le tronc de l'arbre, la pomme, le bras d'Eve forment une verticale qui arrive au sexe d'Adam, façon de désigner l'objet de la convoitise.

Ainsi Eve est active, elle prend les initiatives pour réaliser son désir, alors qu'Adam est assez passif, cela renvoie au titre de l'oeuvre : chute de l'homme, en hollandais, au sens de mâle. C'est bien Eve la séductrice qui va entraîner le pauvre homme-mâle vers sa perte.

Les autres éléments vont dans le même sens : la pomme (la bible parle du fruit) est bien sûr un symbole sexuel féminin, le serpent a une tête de femme car la femme est séduite par son double, quant à la plante qui cache le sexe d'Adam, on peut y reconnaître du lierre terrestre, c'est une plante proche des menthes, qui relève le goût , utilisé pour la bière avant le houblon. On peut aussi rapprocher cette plante du vrai lierre, qui est associé à Dionysos.

Quant aux animaux: le chat n'est pas le diable, il n'est pas noir, mais plutôt une image féminine ambiguë doux et sentimental, sournois et hypocrite, il semble attendre la fin; de même pour le couple chèvre-bouc qui regarde Adam et Eve, une fois l'acte consommé, ils pourront eux aussi... la conséquence du péché humain ayant selon certaines traditions des conséquences pour toute la nature.

Donc une vision traditionnelle de la relation entre Eve et Adam, relation qui n'a d'ailleurs rien à voir avec le texte du mythe biblique.

 

 

Mais il existe d'autres types de relation :

 

 

 

1 Durer.jpg

 Ici Dûrer 1471-1528 met Adam et Eve à égalité, ils sont symétriques, représentés de la même façon et tous deux ont une pomme, ce qui est assez rare. Eve discute avec son époux, la relation est tout autre.

 

 

 

 

 

 

 

3 Dominiquin_-réprimandant-Adam-et-Eve.jpg

 

 

Domenico Zampieri dit le Dominiquin 1581-1641, représente le v. 12 où Eve est accusée par Adam, rejetée et ne trouve comme défense que de faire reporter la faute sur le serpent.

 

 

 

 

 

 

 

1 inconnu 16.jpg

 

Ce peintre inconnu de la fin du 1-ème s. représente une jolie scène familiale, où Eve, la mère bien occupée, semble se plaindre auprès d'Adam , fatigué par une dure journée de travail à la houe. Relation cocasse et réaliste

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Retour à la scène de tentation, par l'Anglais Burne Jones (1833-1898) à gauche et par l'Allemand von Stuck (1863-1928)

Différence entre la solidarité et l'action maléfique ?

 

 

 

EVE SEDUITE


 4 WILLIAM_BLAKE_temptation_of_eve.jpgpour William Blake 1757-1827 moreau.jpg par le serpent -démon qui la force, elle est victime

 

 

 

 

 

 pour Gustave Moreau (1826-1898) par la beauté environnante et la voix intérieure qui lui parle, la séductrice est séduite

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

EVE CHASSEE de L'EDEN

 


Curradi xpulsion.jpgUne femme résignée delacroix.JPGpour Francesco Curradi 1570-1661

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une femme suppliante pour Eugène Delacroix

George_Frederic_Watts_courte.jpg

 

Une femme désepérée
pour Frederic Watts (1817-1904) michelange.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Une femme récriminante , une sorcière
pour Michel Ange

 

 

 

 

 

 

ET DIEU CREA LA FEMME

 


Cette représentation suit 4 modèles:1 Bertram 14 Hambourg.JPG

 

A partir d'une côte, pour cette miniature de Maître Bertram d'Hambourg au 14ème s.

c'est assez rare de la voir si réaliste, à noter aussi que ni Eve ni Adam n'ont de nombril, ce qui marque bien que ce sont des êtres créés et non nés

 

 

 


2 Ad Eve fresque les Salles.JPG

 

Sur cette fresque du 12ème à Salles-Lavauguyon en Limousin

 

Eve est créée non à partir d'une côte, mais à partir d'un côté d'Adam, sens que l'on donne aujourd'hui volontiers au mot hébreu qui a les 2 sens. Donc une interprétation ancienne, qui renvoie à une compréhension d'adam (= le terreux, le glaiseux) comme hermaphrodite, avant qu'il ne dedevienne ish et isha (homme et femme)

 

 

 

 

 

 

 

4 -Palerme--Normanni--chapelle-palatine--creation-d-Eve.JPGDans la chapelle palatine de Palerme, cette mosaîque du 11ème s. montre Eve qui se lève d'Adam, cette représentation est sans doute la plus répandue

 

 

 

 

 

 

 


5 Orvieto - Creation of Eve.jpg

 

Enfin dans la cathédrale d'Orvieto, on trouve une dernière représentation, Eve se dresse derrière Adam endormi, elle est créé à partir d'Adam mais semble plus indépendante.

 

 

 

 

Personnellement c'est la 2de représentation que je trouve la plus éclairante et la moins mysogine.

 

Terminons par une Eve douloureuse, la mère qui découvre le cadavre d'Abel tué par son frère, selon W.Blake

3 blake_eve pleure abel.jpg


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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 11:52

Dieu parle à Moïse , Comment rendre la voix de Dieu par l'image ?

 

LE BUISSON DE L'INCARNATION

 

NicolaS Frroment peint ce retable en 1475 pour le retable de la cathédrale d'Aix en Provence. Pourquoi la Vierge à l'enfant est elle au centre du buisson qui brûle devant Moïse ?

2 froment.jpg

Parce que la voix de Dieu du livre de l'Exode est attribuée au Verbe de Dieu, et qu'elle donc inséparable de son Incarnation. En Marie Dieu s'incarne, il se fait proche tout en demeurant transcendant, comme la flamme qui ne peut être saisie (transcendance) tout en enveloppant le spectateur de sa chaleur (proximité)

Mais le buisson qui brûle sans se consumer c'est aussi l'image de la virginité de Marie.

 

Cette représentation du Buisson ardent est assez rare en Occident, elle vient directement des icônes de l'Orient . (voir album) Celles de Russie sont assez complexes et le buisson devient une sorte d'étoile avec les anges et les évangélistes, rejetant Moïse sur les bords.

 

 

 

LE BUISSON DU DIEU du CIEL

 

Les Juifs du 3ème s. à Doura Europos (Syrie) représentent Dieu par une main qui sort du ciel, cette image est reprise en Orient mais aussi en Occident à Ravenne, et même dans la cathédrale d'Amiens au 12ème s.

6 ravenne_-.jpeg

5 DuraSyn-Moses_burning_bush.jpg

 

 

 

 

 

 

 

                               8 amiens 12.jpeg

 

 

 

 

LE BUISSON DU CHRIST

Mais si c'est le Verbe qui parle à travers le buisson, pourquoi ne pas le représenter sous la forme de « Jésus qui est l'image du Dieu invisible » Paul Col. 1, 15

Cette image est traditionnelle entre le 12 ème et le 15ème s. il faut alors voir si le Christ est dans ou hors du buisson et voir si Moïse est appelé, détourné, s'il obéit à l'ordre de se déchausser ou s'il parle avec Dieu (au Moyen Age le signe de la parole est traduit par des gestes des mains et des doigts et non par la bouche)


9 A2533.jpg10 mmw_10b21_022v_min.jpg16 vitre_roman_allemagne_1100.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 LE BUISSON DU PERE

 

Pourquoi le Christ est il remplacé par le Père au 15ème s. ? Pourquoi n'y a t-il jamais d'image trinitaire ?


20 espagne 15.jpg

22 IRHT_053810-p.jpg26 MOSES AND BURNING BUSCH flandres Horenbout.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Père prend alors la forme de l'Ancien des Derniers jours du livre de Daniel 1, 14 « sa tête avec ses cheveux blancs, est comme de la laine blanche ou de la neige, ses yeux comme une flamme ardente », vieillard biblique qui prend parfois une allure plus jupitérienne. A noter que Moïse perd sa familiarité et qu'il se met de plus en plus à genoux, qu'il se cache le visage, d'interlocuteur, il devient adorateur muet.

 

 

LE TETRAGRAMME


Face à un tel anthropomorphisme, la réaction lors de la crise spirituelle du 16ème s. est nette, puisque Dieu parle , il faut chasser l'image humaine et remplacer la voix par l'écrit. Dès 1529 les 4 lettres sont placées dans le triangle évoquant la Trinité, les protestants choisissent cette représentation (ci-dessois, gravure de Merian pour la bilbe de Luther) mais le concile de Trente la favorise aussi et le Tétragramme se retrouve donc das les temples calviniens comme dans les églises baroques (ci dessous à Versailles), il devient populaire sur les images d'Epinal

42 -chap-02c.jpg

39 merian_buisson.jpg44 epinal.jpeg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE BUISSON EN FEU TOUT SIMPLEMENT


La simple représentation du feu, sans aucune allusion à la voix de Dieu, se trouve un peu partout mais domine très largement à l'époque plus moderne.

51 HAGGADAH buisson.jpg52 FETI MOSES BEFORE THE BURNING BUSH.jpg53 Scheits.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On la trouve dans les Haggadah, qui sont des représentations juives du Moyen Age, on la trouve, en occident à l'époque classique chez les catholiques (Feti) et chez les protestants (Scheits), à l'époque contemporaine chez Chagall, Dali et chez un Indien, Paul Koli qui entoure le feu d'empreintes comme dans les tanka boudhiques qui sont signe de présence/absence de saints personnages. Le feu, la lumière restent des images divines parlantes pour beaucoup.

 

58 CHAGALL 1960 66 LE BUISSON ARDENT.jpg

 56 DALI 16 A FLAME OF FIRE OF MIDST A BUSH.JPG.jpg57 paul Koli_Inde.JPG

 

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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 19:13

   Dans les Actes des apôtres le récit de la conversion de Paul est raconté trois fois, la première au ch. 9, 1-19, est un récit indirect, la seconde au ch. 22, 3-21, se présente comme le récit direct de Paul devant les Juifs, et la troisième au ch.26, 9-18, est aussi un récit à la première personne mais adressé au roi Agrippa et aux autorités romaines.  Les différences entre ces trois textes concernent surtout la place des compagnons et le rôle relatif de la vue (la lumière) et du son (la voix). Mais les paroles du Seigneur Jésus sont partout les mêmes et il n'est fait aucune mention de sa reconnaissance visuelle. Quant au cheval très souvent représenté, il n'en est fait aucune mention (la tradition se fonde sur la supposition que Paul ayant été décapité, il était chevalier romain)

 

LA THEOPHANIE

 

 1-flemalle-copie-1.jpg

 

 

 

Tableau de Bertholet FLEMAL(LE) (1614 1675) du Musée des Augustins de Toulouse mais provient de la cathédrale de Liège, où il sera présent cet été 2011. 

 

Toile immense 463 x 266 qui était au maître autel de la cathédrale St Paul, elle date de 1660

 

 


 

La lumière est mise paradoxalement en valeur par l'obscurité qui est autour des acteurs. 

Deux registres occupent la toile à égalité, le ciel avec le Christ qui avance vers nous, et les soldats qui vont en tout sens mais s'enfuient vers l'arrière. 

Jésus est celui de la résurrection entouré d'anges, de  lumière et de sons. Une théophanie classique.

Paul est assis, les yeux clos, aveuglé mais il écoute calmement, comme en  extase (allusion au verset 22, 17)

 

 

 

2-tintoret-conversion-saint-paul.1181760005.jpg

 

Jacopo TINTORET  1518-1594

 

toile de 152x236 cm

datée de 1545  

National Gallery de  Washington  


Après le coup de tonnerre divin sur la route de Damas, tout est désordre et tumulte, les chevaux se cabrent et tombent, les cavaliers sont désarçonnés, les fantassins s’enfuient. Paul renversé par la puissance divine, les bras en croix, est comme suspendu en l’air au dessus d’un rocher, il a perdu l’équilibre, il est prêt à basculer dans une nouvelle foi, une nouvelle vie. A noter la petite taille du Christ et sa position marginale

 

3-william_blake_the_conversion_of_saul_print.jpg

 

 

 

William BLAKE 1757 1827

1800 petite estampe 23x30 coll.privée

 

 

 

 

 

 

 


Libre représentation d'un Paul dont le cheval s'affaisse, les yeux bien ouverts, la lumière enveloppe ensemble le Christ et Paul, le mouvement créé par le Christ est orienté vers la mission (cf. le ch. 26 où la vision et l'envoi en mission sont concomitants)

 

 

 

2 Le REALISME 

 


4-caravage_paul_balbi.jpg

 

 

 

LE CARAVAGE a représenté deux fois la scène , cette 1èreversion date de  1600, c'est une huile sur bois de cyprès, 237 x 189 cm, Rome, Collection Odescalchi Balbi

 

 

 

 


 

Une mise en scène de mouvements suspendus.Version très dramatique de l’épisode, choix du moment de rupture, qui  est rendu par l’attitude du cheval, qui se cabre, la branche qui se casse, le Christ qui descend.... Mais ces mouvements sont sur des plans très rapprochés , il n'y a aucune profondeur.

Paul se protège le visage des deux mains... Geste de frayeur, devant l'apparition du Christ , est-il sur la défensive, ou geste réflexe de l'homme qui sent sa vue lui manquer ? Son corps paraît souffrant, pourquoi son torse est-il nu ? il est désarmé, son épée est au sol.

Le soldat protège Paul, contre quelqu'un qu'il ne voit pas.  Mais surtout il fait le geste de tuer le Christ,  c'est un homme de Damas (arme et costume oriental), un persécuteur des chrétiens donc du Christ. 

 

Le Christ:  plonge vers Paul, avec un ange comme dans les théophanies mais ce n'est plus le ressuscité, c'est le Jésus d'avant la Passion, il a une ombre, et la lumière n'émane même pas de lui. C'est cette représentation qui explique le refus du tableau par son commanditaire,   Tiberio Cerasi, Trésorier-général du pape Urbain VIII.

 


 

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La 2de version mesure  230 x 175 cm et se trouve à l'église Santa Maria del Popolo, Rome).  

 

 


Toujours des plans ramassés sans aucune profondeur, on croit que le sabot menace  le visage de Paul, alors qu'il en est assez loin.

 

 


Cette fois le Christ est absent, comment peut on reconnaître cette scène de la conversion de Paul ? c'est la représentation d'une scène profane, Dieu se trouve dans la lumière qui tombe à la verticale mais plus sur le cheval que sur Paul. Le clair obscur a une signification symbolique : le monde terrestre est plongé dans l’obscurité, et l’intrusion divine se signale par la lumière, le clair-obscur permet au Caravage de mettre en scène la grâce, le Christ vient briser le monde d’ici-bas mais il est invisible à ceux qui n'ont pas la foi.

Saul se présente de trois-quarts arrière  : sa tête effleure le bord inférieur du cadre et nous ne sommes plus mis à l’écart.

  Il ouvre ses bras et reçoit cette fois la grâce qui s'offre. Sa posture exprime le désarroi mais ses mains font le geste des orants,  ses bras sont levés vers le ciel en un angle large, comme s'il voulait attirer à lui tout le monde et l'embrasser. Il est heureux et profite de ce moment qui dure.

Car nous ne sommes plus dans un contexte d'un moment dramatique mais dans celui d'une durée, il y a eu   la chute, la vision, le temps de desseller le cheval qui est conduit vers l'écurie. Le cheval n'abaisse pas son sabot, il le lève, le serviteur médite, Paul est vit une expérience spirituelle exceptionnelle, et nous sommes invités à le suivre.

 

 

3 LE SYMBOLISME

 

7-parmesan_converion_paul.jpg

 

LA CONVERSION DE PAUL Tableau de Francesco Mazzola dit le Parmesan (1503-1540)

 

huile de 1527 qui mesure 177x128cm et se trouve au Kunsthistorische museum de Vienne.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Christ est absent, Paul  entend mais ne voit rien

 

Le Cheval occupe la place centrale. Ce cheval blanc est signe de triomphe surtout quand il estcabré. Triomphe antique, papal mais aussi celui de l'apocalypse = triomphe et puissance

La peau de panthère qui le couvre est signe de noblesse mais c'est surtout la peau d'un animal assimilé au Christ (selon le Physiologos qui est un bestiaire chrétien de l'antiquité qui a eu une influence considérable au Moyen Âge). La panthère exhale un bon parfum qui séduit tous les animaux sauf le serpent qui fuit et le dragon qui se fige; 

quand elle revient dans sa caverne , elle dort et ne se réveille que le 3ème jour; sa peau tachetée évoque les vertus du Christ : compassion, foi, paix, pureté... 

donc ce cheval est l' image du Christ victorieux, séducteur et conquérant

 

 

Position de Paul : il ne voit rien mais n'est pas aveuglé, il doit ouvrir les yeux, mais  à quoi ? à l' Evangile et aux nouveaux chrétiens cf. ch. 26

il essaie de se relever pour se tenir prêt pour la mission. Il se lève comme l'Adam de Michel Ange, c'est une création. Ses bras sont en croix il imite le Christ. Il se relève comme Christ du tombeau, c'est une resurrection.

Paul se fait le témoin de la mort et de la Résurrection

 

 

 

Les compagnons  sont absents, le peintre isole Paul dans un baptême de lumière, il le montre recevant une révélation intérieure. Il exalte  la puissance de la grâce individuelle et le pouvoir d'une conversion radicale. Cela peut être vu comme une position luthérienne ou plutôt celle des « spirituels » de la grande Eglise dans ces années 1520-1530, le commanditaire, un professeur de médecine de l'université de Bologne en fait partie. 

 

 

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22 avril 2011 5 22 /04 /avril /2011 08:40

  

Queiques remarques

 

La scène correspond à l'évangile selon Luc ch. 24, versets 13 à 15 et 28 à 35


Le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s’était passé. Or, tandis qu’ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas....

Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux. Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Alors ils se dirent l’un à l’autre : « Notre coeur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? » A l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « C’est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » A leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain.

Lla traduction iconographique de la reconnaissance du Christ ressuscité par  les disciples prend la forme de REGARDER opposer à voir VOIR c'est à dire reconnaître.

            La  relation à la dernière Cène et à l'eucharistie est imortante, elle se traduit par les gestes du Christ,  bénir, rompre, élever,tendre le pain  et par son regard, les yeux levés au ciel s'imposent souvent dans un contexte de  sacerdotalisation. Mais les représentations sont très variées, de la communion eucharistique à la scène de genre.

             Les disciples sont traditionnellement vus comme des pèlerins, d'où des signes distinctifs souvent liés au pélerinage de St Jacques

 

Jésus se donne à voir, comment identifier le Christ ?  

 

1-caravageNGallery_1601.jpg

  LE CARAVAGE 

 

 

Cette oeuvre éxécutée à Rome en 1601, Huile et oeuf sur toile 141 x 196.2 cm.
Londres, National Gallery

 

XR au visage et à l'âge non conventionnel, « Mc 16,12 « il se manifeste sous une forme différente »
Il est seulement ambigu. La mollesse des traits le situe hors de la distinction masculin-féminin qui nous est si chère, plutôt dans l'idée de l'androgénie divine. L'absence de la barbe traditionnelle, jointe à des bajoues, le met hors de la distinction entre vieillesse et jeunesse, sans lui donner le caractère que nous attribuons généralement au jeune homme, l'énergie vitale. Christ ambigu et, pour des chrétiens habitués à un certaine image du Sauveur, à des signes d'identification, c'est un Christ non reconnaissable.
Une représentation qui a choqué ou ému ses contemporains, troublés par cette proximité du divin et de l'humain.

 

 

  Le Caravage choisit le moment où tout bascule

La stupéfaction se lit sur les visages et dans les attitudes des pèlerins et de l'aubergiste, venu les rejoindre. Sous l'effet de la surprise, l'un des disciples empoigne son fauteuil, l'autre écarte les bras, le réalisme est tellement saisissant que le spectateur a l'impression de participer à la scène.

Quelle reconnaissance ? Le cabaretier, lui, fixe Jésus et ne voit rien d'autre qu'un hôte de passage

L'ombre de l'aubergiste est sur le mur, juste  derrière le Christ , comme s'il prenant les ombres sur lui, signe de rédemption ?  

 

 

 

La Cène eucharistique est associée à la croix des bras du disciple de droite, par l’intermédiaire d’un raccourci accusé, le Caravage parvient à relier plastiquement la Crucifixion et la Cène à Emmaüs.

 

 

 

Reconnaître le ressuscité est plus facile chez d'autres

 

Ce tableau de Cavarozzi 1590 1625 est une copie du Caravage pour les poses, mais il choisit un Christ sortant du tombeau   1 D cavarozzi

 

 

Celui de Girardet 1853-1907 crée une lumière divine

 

1-E--Eugene-GIRARDET-1853---1907.jpg


Mais chez Zurbaran 1598 1664 le Christ est un pèlerin comme les autres, seuls les yeux de la foi le reconnaissent

1-F--francisco-de-zurbaran-supper-at-emmaus.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Le regard de la foi 

 

 

3--les-pelerins-d-emmaus---rembrandt.jpg

REMBRANDT 

 

Jésus à Emmaus 1628 Jacquemart André

 

OEuvre de jeunesse avec mouvements et clair obscur


C’est une révélation, un moment où la vérité éclate. Cela se montre par la stupeur des pélerins, leurs yeux écarquillés, leurs poses à la renverse, leurs mains levées en incrédulité ou en défense contre ce mystère;
l’agitation de la scène y contribue, verre vacillant, couteau basculant, chaise renversée. Ici, un seul des pélerins est vraiment dans la scène,  en pleine lumière, tout effaré.
Où est l’autre ? En regardant bien, on le voit, déjà touché par la grâce, agenouillé aux pieds de Jésus, perdu dans l’ombre.

La lumière vient de derrière le Christ, qui n’apparaît presque qu’en silhouette; le mur en devient éclairant, comme une explosion. Et il y a cet étrange nuage blanc mousseux dans l’angle derrière le bras gauche du pélerin, inexplicable.


Rembrandt_Pelerins_Avant.jpg             Rembrandt_Pelerins_Apres.jpg

  Le Christ se révélant aux pèlerins d'Emmaüs 1648 huile sur bois 68x65 Musée du Louvre

Cette oruvre vient d'être retaurée, à gauche avant restauration, à droite après restauration

 

Une scène qui s'inscrit dans un espace clos mais vaste, ouverture vers le ciel.

 

c'est le tout début du repas, la table est vide. Il rompt le pain…une clarté irréelle nimbe son visage, tandis que sur la gauche, une lumière tombant d’une fenêtre invisible éclaire sur la table la nappe blanche qui rappelle le suaire, le linceul de Jésus crucifié, retrouvé posé au troisième jour près du tombeau vide…

 

  Le Christ est éclairé mais rayonne, il partage le pain sur nappe d'autel Sa figure livide, douloureuse, d’un réalisme poignant, rappelle qu’il vient de triompher de souffrances inexprimables et de la mort, évoquée par certains détails symboliques comme le verre vide retourné à sa droite, et  le crâne brisé d’un agneau, symbole de la mort de « l’Agneau de Dieu », présenté sur le plat à sa gauche.

 

Les disciples sont opposés : à Droite, la surprise, l'incrédulité encore qui se manifeste par tout le corps

à Gauche, la reconnaissance par le foi, il se met en prière. Au fond le serviteur, regarde et ne voit rien. 

  La réalité est cachée à celui qui n'a pas la foi, lecture protestante ?

 

Le contraste entre l’évanescence de l’auréole sur l’ombre verdâtre de la niche du fond  et la lumière naturelle qui s’attarde sur les visages, les objets, creusant un clair-obscur avec les tonalités dominantes d’un brun sombre, crée cet instant indéfinissable, et comme suspendu, où la scène représentée va basculer de l’humain au divin.

 

 

  Les disciples

 

5-Diego-VELASQUEZ---1620.jpg

 

 VELASQUEZ  Repas à Emmaus MET New York (123.2 x 132.7 cm) Huile sur toile 1622


  On retrouve le Caravage avec sa rhétorique théâtrale, les  bras écartés et la lumière crue

 

 Que regardent les personnages ? 

Les disciples ne regardent pas Jésus , l'écoutent ils ? A t il disparu ?

Dans leurs  yeux le contact avec la transcendance ne s’avère pas immédiat.  

 Les personnages posent une question  douloureuse  en cherchant des réponses au fond d’eux-mêmes.

 

 

Le Christ est résolument décentré, avec une lumière de face, un  visage en mi pénombre, une légère auréole

Les disciples sont des figures populaires selon sacralisation du quotidien

6-velasquez.jpg

 

 La Mulâtresse National Gallery de Dublin 1616-19

 

Tableau nettoyé en 1933 laisse voir disciples Emmaus, il a été coupé et on a supprimé un disciple et un fourneau (connu par la description d'un contemporain)

  Le sujet est rejeté à arrière plan, on retrouve la sacralisation du quotidien. 

Les disciples ont été aveuglés, ils sont devenus insensible au divin, à cause de l'amour des biens terrestres

le spectateur peut s'identifier à cette conversion des disciples et retrouver Dieu dans le quotidien, selon le mot de Thérèse d'Avila  « Dieu est aussi présent parmi les casseroles »

Faut il aller jusqu'à econnaître Dieu à travers ce « sujet fort ridicule et drôle », une servante, une esclave?  

 

Rencontrer Dieu dans le quotidien ou Comment incarner cette scène : ?

 

  En la situant dans la vie quotidienne des hommes ?  mais s'ils regardent , voient-ils ?

                                                                                                            Jordaens 1593 1678  

                 10-Jacob-JORDAENS.jpg

 

En mélangeant scène profane et allusion religieuse, en sacralisant le quotidien frères Le Nain + 1648 Louis ou Antoine Le Nain Repas de paysans 1642 97x122 Louvre


12-les-freres-LE-NAIN----.-1645.jpg    13 Louis Le Nain 001

 

  En actualisant les participants Augustin Lhermitte 1844 1925

11-lhermitte1892.jpg

  En mèlant le sacré et le profane (bouteille de vin)  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arcabas né 1926 

 

14-arcabas03.jpg

 

 

 

 

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 22:05

 

CONTEXTE

 

Noli me tangere ce titre qui signifie Ne me touche pas est la traduction de la Vulgate du verset de l'évangile selon Jean au chapitre 20. Aujourd'hui certaines bibles traduisent le verset par Ne me retiens pas  


 

Une remarque préalable, cet évangile met en scène Marie de Magdala qui est aussi désignée en Luc, lorsque Jésus la guérit de 7 démons, mais au cours des siècles elle est devenue Marie Madeleine qui réunit sous son nom au moins trois ou quatre femmes des évangiles : Marie de Magdala, Marie de Béthanie, Marie sœur de Lazare et de Marthe, et la pécheresse de Simon. Cette synthèse est due au pape Grégoire le Grand et n'a été remise en question qu'au XVI ème s. mais est restée très populaire jusqu'à nos jours. Pour les peintres Marie Madeleine est donc au moment de cette scène, une personne qui a été possédée par des démons, une pécheresse qui a touché Jésus et embrassé ses pieds, une contemplative opposée à sa sœur Marthe, mais elle porte aussi en elle toutes les légendes postérieures qui feront d'elle la grande repentie des Baux de Provence. Elle est l'ancienne pécheresse et la future pénitente, et la dimension amoureuse de la relation est au centre du thème iconographique.

 

Trois types de relation peuvent être mises en évidence

 

Ce tableau de Fra Bartolomeo (1472-1517) de petites dimensions : 48 cm x 57 cm est au Musée du Louvre (Achat pour Louis XII en 1506)

 1-fra_bar.jpg

Le contexte utilise les éléments traditionnels de la résurrection : vase d'onguent, tombeau, anges, bannière, auréoles, plaies du Christ, instrument du jardinier. En arrière plan le peintre représente la résurrection avec sortie du tombeau et soldats renversés selon Mt 28, 3 et 4

 

 

Marie Madeleine jette ses bras vers Christ, il la maintient à distance et cela fait obstacle à tout sentiment d'intimité.

Les jeux de mains sont remarquables : approche et désignation de l’autre, prière et bénédiction...

Jésus touche le front de Marie Madeleine, ceci en relation avec la légende des reliques de St Maximin (en 1279 on trouve sur le crâne de cette récente relique, un reste de chair que le Christ aurait touché, et qui serait resté comme un point de vie ).

 

L'axe vertical avec vase de parfums et jeu de mains, est un rappel de la mort qui a séparé, et de la nouvelle relation.

L'horizontale des verts crée un lien de vie entre les 2 personnages, tandis que la diagonale des rouges rappelle la passion au deux sens du terme.

 

La composition en plaçant la Madeleine à gauche crée une diagonale positive d'ascension, qui donne l'initiative à la femme.

 

On peut qualifier cette relation de vénération de Jésus

 

 

 

Le tableau de Hans Holbein le jeune (1498-1543) qui est à Hampton Court à Londres est aussi un tableau de dévotion 76cm x 95

2--Hans-HOLBEIN---1524.jpg

Le contexte  est plus fidèle au texte de Jean : tombeau illuminé avec 2 anges, Pierre et Jean repartant vers Jérusalem, au loin les croix du Golgotha. L'ensemble est sombre, seul le tombeau est lumière.

 

Jésus porte une robe de moine qui s'oppose aux riches parures de Marie Madeleine, coiffure luxueuse, vase précieux comme pour des parfums, est ce un rappel de la pécheresse ?

La relation est lue de façon contradictoire. Certains voient une Marie Madeleine qui s'écarte, et un Jésus qui veut s'en approcher. D'autres voient Jésus tenant Marie Madeleine à distance en la repoussant par le geste et le regard ; la séductrice réapparait car la force et la difficulté de la conversion sont suggérées par le rappel de la tentatrice.

 

Est on en présence d'une scène de tentation ? La relation est de toute façon surprise et méfiance

 

 

 

   Avec cette fresque de Giotto (1266-1337) peinte en 1320 dans l'église inférieure Saint François, chapelle sainte Madeleine à Assise, nous sommes dans un autre univers.

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Le Christ, les anges, les rochers... la mandorle, les rayons solaires, tout est repris de la tradition orientale, mais le peintre fait de Marie Madeleine une femme en deuil, toute tendue, voire déséquilibrée vers son Seigneur qui s 'écarte sans la regarder. La relation est vraie adoration du Christ reconnu comme Dieu.

 

A part la fresque de Giotto qui reprend la représentation orientale du divin, on peut être surpris de voir le Christ ressuscitéen moine ou en belle longue robe. Comment le représenter, comment peindre le vivant absolu ? Jusqu’à la fin du Moyen Âge, les artistes optent pour des attributs symboliques : une croix ou un étendard , le nimbe, le linceul blanc...

mais à l'époque moderne, ils préfèrent le corps nu comme sur le crucifix, mais alors comment passer de la mort douloureuse à la vie triomphante ? Ils recherchent la beauté de Dieu, soit en sublimant les traces de la mort, les stigmates qui donnent une beauté spéciale, soit en supprimant ces traces ce qui donne une beauté divine au corps. Mais la nudité du Ressuscité dans le contexte de sa rencontre avec Marie Madeleine n'est pas sans charge érotique. Les exemples qui suivent le montrent

 

Nous avons vu que le fait de placer Marie Madeleine à gauche, lui donne l'initiative. Nous allons maintenant voir Jésus la prendre.

 

Albrecht Dürer (1471-1528) Le Christ en jardinier, gravure de la série

La Petite Passion sur bois, 1509-1511 Les bois sont visibles au British Museum de Londres .

 5--Durer_1510.jpg

Tous les éléments du contexte sont présents dans le lointain, le Christ ressuscité est nu avec ses stigmates mais les signes du jardinier sont très marqués.

 

Jésus est à gauche à contre jour, il est entre le soleil, symbole de Dieu et Marie Madeleine, superbe diagonale descendante de Dieu vers elle et aussi vers nous puisque nous sommes derrière elle. Le Christ est le médiateur et le spectateur est appelé à le reconnaître comme Marie Madeleine le fait.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Titien (1490-1576) huile de 109cm x91 daté de 1512 à la National Gallery de Londres

6-A--titien2.jpg

Tout est mouvement

Marie Madeleine se jette aux pieds du Christ, mouvement accompagné par son long manteau

Christ est dans un plan perpendiculaire, il vient vers nous mais il se détourne pour se pencher vers elle, tout en relevant son suaire,

Le paysage accompagne les mouvements : à droite une masse descendante jusqu'au Christ qui la prolonge, puis il s'oriente vers droite.

Mise en valeur de la beauté désirable d'un corps, dont plaies ont presque disparu

L'image visualise une relation affective, mais avec une nette érotisation. Marie Madeleine voit le buste et le visage du Christ, nous son corps et nous sommes dans l'instant de la reconnaissance et de l'interdit de toucher.

La dimension religieuse subsiste mais l'iconographie classique est réduite à la bêche, il n'y a plus ni tombeau, ni bannière... le sujet commence à être traité comme une pastorale.

 

 

 

Bronzino 1503-15721 291 x 195 cm peint en 1560 pour la chapelle de Santo Spirito de Florence

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Le Christ est nu sans blessure tel un athlète, il se contorsionne dans une sorte de danse élégante, est ce pour inviter Marie Madeleine à la joie de la résurrection ou pour lui échapper ?

A noter que Marie Madeleine est d'une grande sagesse : la diagonale des regards s'oppose à sagesse de ses bras (en orante), le rouge est caché, les cheveux peu visibles

La représentation nécessite un contexte narratif = tombeau et 2 autres femmes (selon Marc)

 

 

 

 

 

 

 

 

Retour à la vénération de Fra Bartolomeo et au mouvement vers le haut de Durer dans ce Correge1489-1534 huile de 1489 au Prado   

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Le Christ estbeau et nu, sans plaie ni souffrance

Marie Madeleine en riches vêtements et en cheveux, c'est l'amante

On retrouve des éléments traditionnels : bêche, chapeau, décor opposant arbre mort et vivant

 

Jésus montre le ciel à Madeleine qui est à genoux

Diagonale du désir qui va de Marie Madeleine au Christ, est orientée vers Dieu, la frustration de Marie Madeleine s'exprime par le geste des bras en arrière, donc inversion du geste traditionnel. Les regards rapprochent , les gestes éloignent

 

 


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11 février 2011 5 11 /02 /février /2011 18:20

Ce blog reprend la suite de celui qui porte le même nom mais se trouve à l'adresse suivante http://artbiblique.over-blog.com 

 

Les articles déjà publiés dans le cadre du groupe biblique d'Odile Roman-Lombard, pasteure de la paroisse réformée de Fontainebleau seront désormais publiés ici

 

 

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MERCI

 

 

La Transfiguration est un passage que l'on trouve dans les 3 évangiles synoptiques, Matthieu, Marc et Luc, mais je donne ici le texte de Luc et sa suite qui raconte la guérison ratée d'un enfant épileptique par les apôtres Luc 9, 28-36 puis 37-42 (voir en bas de page)

Cette suite est nécessaire pour comprendre le chef d'œuvre de Raphaël appelé la Transfiguration, une huile sur bois, de 4 m x 2,80 qui se trouve au Musée du Vatican.

1 raphae49 Transfiguration 1520.jpg 

La composition de la Transfiguration montre deux parties distinctes : le miracle du garçon possédé dans la partie basse et la Transfiguration du Christ sur celle du haut.

Dans la partie supérieure.
Sur une montagne représentée par un monticule de terre, le Christ est transfiguré dans une aura de lumière et de nuages, il est en lévitation, il flotte au-dessus de la colline, accompagné de Moïse et Elie, eux aussi en lévitation.
Jésus est vêtu de blanc, les hanches larges, le drapé flottant, une vive lumière blanche l'entoure...
il est accompagné d'un vent, surnaturel, visible dans les drapés d’Elie et de Moïse ainsi que dans leurs cheveux. Ses bras tendus sont ceux d’un orant, mais certains y voient la croix future. Lumière, souffle, nuages... sont des éléments pour traduire la « nuée » qui marque la présence de Dieu.
Moise et Elie
sont debout et regardent la nuée, ils ne font rien, et ne parlent à personne. On les distingue mal, Moïse semble être à gauche.
Les trois apôtres sont aveuglés, ils ne voient rien, ils sont pris dans un double mouvement : écrasés mais emportés par le souffle divin , surtout Pierre au centre et Jean à droite, Jacques est prostré.

La partie basse nous ramène sur terre. Une foule de 19 personnes est divisée en deux groupes par un grand vide oblique, mais le croisement des regards maintient l’unité. C'est ce vide qui marque l’absence de communication entre les deux groupes.
A droite, tous entourent un jeune garçon possédé, soutenu par son père vêtu de vert,
L'enfant a les bras écartés, un vers le ciel, l'autre vers le sol, les yeux révulsés. C'est un vrai enfant malade.
La foule qui entoure l’enfant , son père , sa mère , le désignent, tous regardent et interrogent les apôtres qui sont à gauche, la paume ouverte et tendue d'un homme se tourne vers le ciel, en supplication.

À gauche les neuf apôtres, qui ne parviennent pas à guérir l’enfant, sont pris également de panique, lisible dans leurs gestes, leurs regards, leurs mimiques... Une main ouverte marque la stupeur , deux autres dressées vers le Ciel l'invoquent et rejoignent ainsi celle de l'homme de droite dont la main suppliait le ciel.
Au centre : La jeune femme de dos, est très belle, vêtue à l’antique, à genoux, elle fait le lien entre les deux groupes, ce peut être Marie de Magdala, guérie des 7 démons, elle témoignerait du miracle accompli sur elle par Jésus, manifestant ainsi l'impuissance des apôtres.

Quel est le rapport entre ces deux scènes ?
Il n'y a pas d’unité spatiale, les 2 groupes ne se voient pas,
cela rend compte du texte qui insiste sur la concomitance entre la théophanie du haut et l'impuissance du bas . L'unité est narrative et temporelle.
Notre regard passe de l’obscurité du bas à la lumière du haut. Cette impuissance est traduite par opposition entre les 2 mondes : le Christ seul élevé dans sa gloire, formant avec Elie et Moïse, un cercle parfait et lumineux contre la foule nombreuse, désordonnée qui manifeste sa faiblesse .

Peut-on lire la crise de l'enfant comme une autre transfiguration ? Cet enfant dont les yeux pourraient exprimer une sorte d’extase, de vision donnée par la transe… l'enfant serait le seul à « voir » la Transfiguration du Christ. Mais le texte parle de transe démoniaque et non divine, et le peintre représente cette dernière tout en douceur, lumière et rayonnement, alors que celle de l'enfant est déformation, violence et agitation.

La scène du haut comporte à droite deux petits personnages qui sont en train de prier. Ce sont deux saints dont la fête tombe le même jour que celle retenue pour la Transfiguration, le 6 août. Ces saints sont les seuls à voir la scène, comme nous, ils sont en adoration et nous servent donc de relais, ils nous invitent à faire de même « Les 2 mondes, humain et divin restent contradictoires mais ils entrent en relation, douloureuse et violente chez les 3 apôtres, calme et béatifique chez les 2 saints » écrit Daniel Arasse

Mais pour quelle raison le peintre a-t-il donné une description aussi exceptionnellement exacte de la maladie dans un tableau d'autel qui répond avant tout à des fonctions dévotionnelles et liturgiques ? Selon toute probabilité, Raphaël voulait donner une image aussi frappante que possible de la « maladie » de l'Eglise et suggérer que seule la foi, symbolisée par les deux petits personnages en prière, parviendrait à guérir cette « maladie ».

De quelle maladie peut-il s'agir ? Le tableau a été commandé en 1517 par Julien de Médicis, un cardinal humaniste et chrétien fervent, il le voulait pour la cathédrale de Narbonne, dont il était archevêque. L'œuvre a été terminée par Raphaël juste avant sa mort en 1520. La date de 1517 suggère que la « maladie » est celle de la contestation de Luther, dont les thèses sont publiées cette année là. Les catholiques ( à droite) doutent et s'interrogent sur la voie à suivre ; ils se tournent vers les apôtres( à gauche) qui symbolisent le clergé. Un apôtre ( en rose) donne la réponse en montrant le Christ. Les chrétiens doivent faire confiance à l'Eglise et au Pape et donc rejeter la contestation luthérienne. Mais Daniel Arasse fait remarquer que pour un cardinal comme Julien de Medicis, l’important en 1517 c’est plutôt la fin du concile commencé à Pise et terminé au Latran (1510-1517) et qui laisse les mains libres au pape Léon X pour la rénovation de l’Eglise. La scène montre donc une voie à suivre, voie qui hélas ne sera pas suivie, ni par Léon X, ni par Julien de Médicis lorsqu'il deviendra le pape Clément VII entre 1523 et 1534.

La transfiguration Giovanni Bellini (1430-1516). 1480-1485 huile sur toile , 151 cm sur 105. Museo e Gallerie Nazionale di Capodimonte – Naples.

 

 

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Quel contraste avec la représentation de Raphaël.
Ni vent, ni nuée , ni lévitation, Jésus est habillé couleur du ciel, mais la lumière ne vient pas sur lui, ni de lui, elle est partout dans la scène, qui se passe dans un belle campagne italienne. La théophanie a lieu dans le quotidien de la vie ordinaire, au pied des montagnes et non sur la montagne. Le paysage montre une scène champêtre, une abbaye, un château…une ville peut être.

 

Les 3 apôtres sont à terre mais sans rapport avec l'événement qu'ils voient. Ils sont très différenciés du point de vue des âges, représentent ils les 3 âges de la vie ? Insouciance de Jean à droite, appréhension de Jacques à gauche, et confiance du vieux Pierre au centre ?

 

Jésus est comme une icône, représenté frontalement il interpelle ceux qui le regardent, et donc nous. Mais entre lui et nous, il y a un fossé profond et une barrière, nous sommes tenus à l'écart. Une scène qui se passerait au quotidien mais pas le nôtre ? Certains voient dans le rocher, le tombeau du Christ, est-ce la mort et la résurrection de Jésus qui nous séparent de lui ? Cette idée de résurrection se retrouve dans le paysage, à gauche l’hiver sombre et nu, et à droite, le printemps clair et feuillu. Donc la lecture de gauche à droite est une résurrection.

 

Une transfiguration “humaine”, une absence de séparation entre le ciel et la terre, une invitation à vivre la résurrection.

La Transfiguration par Barna da Siena  mort en 1380

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Cette image est un morceau de la fresque du Nouveau Testament, dans la collégiale de San Gimignano, le peintre est peu connu, c'est un rare survivant de la grande peste de 1348

qui décima les artistes.

 

Cette fois on est en pleine théophanie, Jésus avec son livre, bénit comme le Christ pantocrator, il est placé dans une sorte de mandorle, la lumière vient du Christ et se diffuse dans la nuit. On dirait la nuit de Gethsémani, mais en même temps Jésus annonce la résurrection

 

Elie, Moïse regardent Jésus et le prient, parmi les apôtres Pierre a la même attitude que Moise, il acquiesce parfaitement, Jean est aveuglé, Jacques renversé.

 

Le peintre a été marqué par Byzance, par les théophanies orientales. La transfiguration y est vue comme annonce de la Résurrection, mais aussi comme une annonce du retour du Seigneur.

 

12 ste_catherine.jpgCette mosaïque de 565 se trouve au monastère Ste Catherine au Sinaï. Le Christ est en lévitation mais sans vrais repères spatiaux, il est au centre d'une mandorle en oeuf. Elle est étrangement plus sombre vers le Christ que vers extérieur, car selon les orientaux la lumière divine excède la vision humaine, elle devient obscurité pour nos sens

 

 

 

 

 

Cette célèbre mosaïque de St Apollinaire in Classe à Ravenne, date aussi de la moitié du 6ème siècle.14 RAVENNE TRANFIGURATION.jpg

C'est bien la croix qui est signe de victoire et de résurrection dans le cercle parfait du ciel étoilé, mais où voit-on une transfiguration ?

 

Au milieu d'un ciel d'or parcouru par des nuages, s'inscrit un grand disque bleu semé d'étoiles qui entourent une grande croix centrale constellée de pierres précieuses avec en médaillon central, la tête du Christ. L'image de la croix matérialise la présence directe du Christ car dans cetart le signe s'identifie à celui qu'il représente. Des nuages sort la main du Père qui désigne le Fils.

 

 

15 Transfiguration_La_Croix_salut_pour_le_monde_Basilique_de_Saint-Apollinaire-in-Classe_a_Ravenne_vers_550.jpeg.jpgLe sommet de la croix est surmonté d'une inscription grecque IXΘUS qui signifie "Poisson", initiales des cinq mots grecs : " Jésus Fils de Dieu Sauveur". Alpha et Omega, début et fin de l'aphabet grec, sont de chaque côté de la croix.

Dans les nuages, de chaque côté de la croix, les figures d'Élie et de Moïse. Leur présence témoigne de la signification de la scène, quant aux apôtres Pierre, Jean et Jacques, ils sont symbolisés par les trois agneaux, qui en-dessous, regardent la croix. 

 

 

 

 

 

C'était la représentation de la Transfiguration entre vision théologique, mystique et narrative

 

Evangile selon Luc 9, 28-43
Environ huit jours après qu'il eut dit ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il monta sur la montagne pour prier.
Pendant qu'il priait, l'aspect de son visage changea, et son vêtement devint d'une éclatante blancheur.
Et voici, deux hommes s'entretenaient avec lui: c'étaient Moïse et Élie,
qui, apparaissant dans la gloire, parlaient de son départ qu'il allait accomplir à Jérusalem.
Pierre et ses compagnons étaient appesantis par le sommeil; mais, s'étant tenus éveillés, ils virent la gloire de Jésus et les deux hommes qui étaient avec lui.
Au moment où ces hommes se séparaient de Jésus, Pierre lui dit: Maître, il est bon que nous soyons ici; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. Il ne savait ce qu'il disait.
Comme il parlait ainsi, une nuée vint les couvrir; et les disciples furent saisis de frayeur en les voyant entrer dans la nuée.
Et de la nuée sortit une voix, qui dit: Celui-ci est mon Fils élu: écoutez-le!
Quand la voix se fit entendre, Jésus se trouva seul. Les disciples gardèrent le silence, et ils ne racontèrent à personne, en ce temps-là, rien de ce qu'ils avaient vu.

 
Le lendemain, lorsqu'ils furent descendus de la montagne, une grande foule vint au-devant de Jésus.
Et voici, du milieu de la foule un homme s'écria: Maître, je t'en prie, porte les regards sur mon fils, car c'est mon fils unique.
Un esprit le saisit, et aussitôt il pousse des cris; et l'esprit l'agite avec violence, le fait écumer, et a de la peine à se retirer de lui, après l'avoir tout brisé.
J'ai prié tes disciples de le chasser, et ils n'ont pas pu.
Race incrédule et perverse, répondit Jésus, jusqu'à quand serai-je avec vous, et vous supporterai-je? Amène ici ton fils.
Comme il approchait, le démon le jeta par terre, et l'agita avec violence. Mais Jésus menaça l'esprit impur, guérit l'enfant, et le rendit à son père.

 

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Published by artbiblique
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